Yv

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Je lis, je lis, je lis, depuis longtemps. De tout, mais essentiellement des romans. Pas très original, mais peu de lectures "médiatiques". Mon vrai plaisir est de découvrir des auteurs et/ou des éditeurs peu connus et qui valent le coup.

Avec le chat pour témoin, 4e enquête des trois Brestoises

4e enquête des trois Brestoises

Palémon

10,00
par
24 janvier 2020

Retour des Trois Brestoises, pour ce quatrième opus mené tambour battant. Il faut croire que la Vallée des Saints est un lieu propice aux enquêtes policières puisque, Françoise Le Mer en a fait le lieu de son dernier roman, Le festin des pierres, et au vu des descriptions des lieux dans les deux livres, je n'en doute pas un instant.

Si l'enquête de Léanne a des côtés très envisageables, elle réserve néanmoins des rebondissements et des surprises bien agréables. Elle nous tient jusqu'au bout des 320 pages sans mollir et sans ennuyer, c'est même tout le contraire tant fermer le livre est un acte difficile. Et comme à chaque fois que Pierre Pouchairet écrit une histoire pour ses trois héroïnes, c'est avant tout à elles qu'on s'intéresse. C'est la vie des trois filles et de leurs connaissances qui lie toutes les enquêtes, les histoires et qui fait que tout se tient admirablement bien et que, comme je le disais plus haut, il est bien ardu de fermer le livre. Parce qu'on a envie de savoir, sans être potinophile ou cancanophile -faites votre choix-, comment ces trois-là vont continuer, quelles seront leurs relations, leur avenir personnel et professionnel.

Pierre Pouchairet écrit des polars réalistes, de ces histoires qui pourraient se passer près de chez nous -d'ailleurs, elles se passent tout près, parce qu'on sait bien que la Bretagne c'est le centre du monde-, avec des protagonistes qu'on peut croiser chaque jour. On y croit. Sa manière de les raconter, vive, rythmée, pas mal dialoguée, assure au lecteur un excellent moment de lecture et fait de lui un des auteurs de polars français inévitables. Le très bon Olivier Marchal qui signe le bandeau ne s'y est pas trompé lui non plus et nous sommes nombreux à partager son avis.

AU TRIBUNAL DES COUPLES

Collectif Onze/Virot

Casterman

12,00
par
24 janvier 2020

Malika est greffière dans un tribunal. Elle assiste une juge aux affaires familiales, et les couples en instance de divorce défilent devant elles, avec souvent les problèmes de garde des enfants. Puis la juge est mutée et Malika doit travailler avec un jeune juge peu habitué à ce genre de conflits et qui a tendance à les sous-estimer. Les journées sont épuisantes et lorsque Malika rentre chez elle, elle se retrouve seule avec sa fille, son compagnon est gendarme mobile et souvent absent.

Dans la collection Sociorama j'en suis à mon deuxième ouvrage. Cette fois-ci, plongée dans un tribunal familial avec son défilé de gens en instance de divorce, en plein conflit et donc souvent peu enclins à venir étaler leur vie privée devant un juge. Chacun défend sa cause en espérant convaincre. Le quotidien des juges et greffiers n'est pas de tout repos ni enthousiasmant, ne voyant que des situation de conflits. Et leur vie personnelle en prend un coup, surtout lorsqu'elle n'est pas de tout simple elle non plus. Très différent du titre précédent sur le football, cet album est plus proche de nos vies, parle de soucis qu'on a tous pu rencontrer ou certaines de nos connaissances. Ce qu'on lit, voit ou entend l'est souvent par les yeux des personnes qui passent devant les juges, rarement par les yeux d'iceux. C'est la bonne idée du jour, de nous raconter le tribunal des affaires familiales par ceux qui le vivent au quotidien. Manque de moyens, manque de personnel qui fait ce qu'il peut et souvent plus, la justice peine, au détriment de tous, ceux qui l'attendent et ceux qui la rendent.

Sur la base d'un ouvrage du Collectif Onze dont il reprend le titre et d'autres études ultérieures, Baptiste Virot bâtit une bande dessinée sobre et réaliste. Du noir et blanc et du dessin minimaliste qui colle aux situations décrites. La fiction basée sur des faits et des enquêtes réels fonctionne très bien et l'idée de l'étude sociologique dessinée convainc.

L'AMOUR DU MAILLOT

Rasera/Georges

Casterman

12,00
par
24 janvier 2020

Le championnat de football professionnel reprend. L'équipe de ligue 2 de Tourval a pas mal changé pendant la trêve : des départs et des arrivées de joueurs anciens censés apporter leur expérience du haut niveau et de jeunes joueurs frais, qui ont tout à donner, notamment leur fougue et leur talent en devenir.

Il y a aussi Mathieu Beccaria, joueur du cru qui a fait toute sa carrière à Tourval et compte la finir dans ce club. Les entraînements reprennent, les matches, les loisirs... un rythme de vie particulier.

Deux remarques liminaires : d'abord, la collection Sociorama de Casterman "signe la rencontre entre bande dessinée et sociologie." En fait, les albums adaptent par la fiction des études sociologiques réelles. Ensuite, pas amateur de football, ni de sport en général, me voici donc plongé dans un monde inconnu. Mais par le biais de la sociologie et de la BD, on peut me faire aimer presque tout.

Le récit est centré autour des joueurs, de leurs choix et leurs obligations pour se maintenir au haut niveau, des contraintes pour leurs femmes et enfants notamment lorsqu'il faut changer de club, de région, mais aussi des rivalités entre eux parce qu'ils sont plusieurs pour un même poste et doivent se montrer les meilleurs. C'est aussi la vie d'un petit club qui dépend des résultats de son équipe première. Dit comme cela ça a l'air terrible, mais remis dans le contexte de la société dans son ensemble, il apparaît vite que ces joueurs restent des privilégiés qui, pour certains, même en ligue 2, gagnent en un mois plus que moi en une année. Pas de jalousie de ma part -je sais à peine taper dans la baballe -, un simple constat. Bon d'accord, un peu plus qu'un constat : une infirmière gagne beaucoup moins et sauve des vies, un instit gagne beaucoup moins et se cogne des enfants toute la journée ... et pas que les siens. Cette société me fait un drôle d'effet, qui préfère payer cher des amuseurs interchangeables que des professionnels indispensables, dans laquelle on peut s'enorgueillir de connaître une -petite voire locale, parfois les deux- célébrité plutôt que son voisin -et je m'inclus dans ce mouvement, n'hésitant jamais à dire que je connais tel ou tel écrivain -ouais, j'avoue, je brille dans les dîners- et que je lui ai parlé, mais bon j'ai un alibi, Madame Yv est infirmière et j'en connais d'autres aussi, des gens qui gagnent peu pour des boulots bien prenants.

Pouf, pouf, je me calme et reviens à cette bande dessinée au dessin minimaliste en noir et blanc qui prend des libertés avec les cases, les textes. Frédéric Rasera a basé cette histoire sur sa thèse de sociologie et Hélène Georges l'a dessinée. Une manière de lire de la sociologie sans en avoir l'air. Une collection, Sociorama, que je découvre mais qui a déjà plusieurs titres au catalogue.

Saisons en friche

Ristic, Sonia

Intervalles

19,90
par
24 janvier 2020

Mon -petit- souci avec ce roman est son nombre important de personnages qui m'a parfois perdu et des paragraphes qui se répètent et alourdissent, notamment lorsqu'un fait est repris par différents narrateurs. Hormis ces bémols, le roman est rafraîchissant, un brin mélancolique et/ou nostalgique, comme si l'époque du squat -début des années 2010- était, tous ses occupants le savent, un moment fort et inoubliable, un de ceux auxquels ils se réfèreront tout au long de leur vie en le qualifiant de "nos plus belles années". Tout est à construire entre gens très différents. La tolérance, l'adaptation, l'écoute de l'autre sont au cœur du roman, comme c'était le cas dans le roman précédent de Sonia Ristić : Des fleurs dans le vent. Ainsi que la liberté d'opinion, de création, d'amour... Une sorte de société idéale avec ses qualités et ses défauts.

Sonia Ristić écrit en finesse et ses mots évoquent tout ce que je viens d'évoquer. On suit les parcours de tous ses personnages, les hauts et les bas, les doutes, les prises de risque, leurs souffrances également, leurs côtés sombres pas aisément avouables ou pas à n'importe qui, ceux qui impliquent la confiance en l'autre. C'est ce qu'on a coutume d'appeler un roman choral où toutes les histoires se mêlent à la façon de "la créature mêlée emmêlée" inoubliable du roman précédent et brièvement évoquée dans Saisons en friche. Que mes petites réserves ne vous empêchent pas de découvrir les romans de Sonia Ristić, toujours justes, joyeux et revigorants.

Puisque voici l'aurore / journal

Cohen, Annie

Éditions des femmes-Antoinette Fouque

14,00
par
24 janvier 2020

Annie Cohen se débat contre sa bipolarité. Elle oscille entre découragements et envies. Elle garde sa chambre, est parfois internée à Sainte Anne. C'est son mari cinéaste, qu'elle suit à Nancy lorsqu'il a besoin de filmer et monter son film là-bas, qui s'occupe de tout. Proche, aimant, patient.

L'autrice se plonge dans son histoire, dans son passé, dans son judaïsme, tentant de garder pied dans la réalité, dans le monde actuel.

Puisque voici l'aurore est son journal, mais un journal qui n'est pas daté et dont on ne sait pas si les propos sont tenus et reportés chronologiquement.

Ce n'est pas très évident à lire pour un lecteur comme moi, assez basique, qui, finalement, aime bien un début, un développement et une fin. Ça me perturbe un peu, et parfois ça ne ma plaît pas, notamment la question du judaïsme qui ne m'intéresse pas du tout. Mais, d'autres pages sont vraiment très belles, sur l'amour qu'elle et son mari se portent, sur la maladie, la dépression qui la gagne, sur le vieillissement :

"Le handicap est flagrant, je ne me souviens plus de ce que j'ai écrit, j'avance en hurlant des phrases comme sous les eaux de la piscine. Je hurle ce qui ne se dit pas, dans un brouillamini de mots, de textes déconstruits, perdus, respirer un peu. Et replonger pour appréhender l'avenir qui n'est que des cris poussés en forêt, la nuit. J'ai perdu le fil, en fait, je n'ai jamais de fil, je construis un ouvrage abstrait." (p. 39/40)

Lorsque je suis tombé sur cette dernière partie de phrase, je le suis dit, c'est cela, c'est exactement cela, ce livre est un livre abstrait. Dès lors, sa lecture en devient plus aisée, car, je ne cherche plus à le comprendre au mot à mot, mais à me laisser porter et à en retirer des sensations, des impressions. N'y voir parfois que des formes, qui peuvent faire penser à de la réalité. Parfois se raccrocher à des concepts, des idées et d'autres fois se laisser aller.