Conseils de lecture

Les fantômes du vieux pays
25,00
par (Libraire)
4 septembre 2017

Si vous décidez de lire ce livre, rendez-vous page 2

Attention, on n'est pas loin de notre gros coup de cœur de cette rentrée 2017 !
Quel souffle ! Quel humour ! Quelle ambition !
D'abord, quand on ouvre ce livre, on est en terrain connu, capté dès le prologue par un univers familier. Oui, c'est un grand roman américain comme on les aime, avec tous les passages obligés du genre : le prof de fac déprimé, les affres de la création, le feuilleton politico-médiatique.

Et pourtant, il y a ce petit quelque chose en plus, cette voix qui sonne différemment, cette singularité qui fait que le livre ne ressemble à aucun autre. Et dieu sait qu'on en a vus passer ! Alors on avance dans ce pavé de 700 pages qui tournent toutes seules et on plonge un peu plus dans le cœur de ce projet littéraire pour comprendre que le vrai sujet de ce livre, ça n'est pas l'Amérique, pas une énième intrigue familiale qui se réglera à grand coup de révélations tonitruantes. Ce dont nous parle Nathan Hill, c'est quelque chose de plus vaste, de plus existentiel, c'est la vie, énormément et tout simplement : celle qu'on rêve, celle qu'on se construit, celle à laquelle on renonce. Comme dans les "livres dont vous êtes le héros" que Samuel, le protagoniste de cette histoire, lisait quand il était enfant, chacun des personnages de cette somme romanesque est une facette, une réponse différente à la même question, universelle, terrifiante et fascinante à la fois : ai-je fait le bon choix ?
Mais quand on a dit ça, on n'a pas dit le voyage échevelé dans lequel le livre nous embarque, du Chicago universitaire et contestataire de 1968 jusqu'au populisme médiatique d'un candidat républicain à la présidence en 2011, en passant par un chapitre splendide, presque un roman à lui tout seul, qui dépeint l'enfance de Samuel et son amitié avec un gamin solaire et anarchiste. On n'a pas non plus parlé de la très pertinente réflexion sur la puissance médiatique qui traverse tout le livre ni du poids qui pèse sur les épaules des jeunes filles des années 60 à nos jours. Fantômes norvégiens, éditeurs verreux, flics pervers et histoire d'amour passionnelle parachève ce très impressionnant premier roman d'une richesse folle, écrit avec une fluidité qui vous emporte littéralement. La seule question qu'on se pose maintenant, c'est "à quand le prochain ?"


Niels

Viviane Hamy

20,00
par (Libraire)
2 septembre 2017

Juste après l'armistice vient l'heure des règlements de compte. Qui a fait quoi pendant l'occupation ? Qui s'est compromis ? Jusqu'où ? Dans le milieu culturel parisien, les artistes ont fait des choix très variés et pas toujours très clairs. C'est ce que va découvrir Niels, qui a quitté précipitamment le Danemark pour venir en aide à son vieil ami dramaturge, qui risque la peine de mort pour collaboration.

Avec cette intrigue pleine de rebondissements et d'émotions fortes, Alexis Ragougneau délaisse son genre de prédilection, le polar, mais conserve sa formidable capacité à raconter des histoires où les passions humaines sont à l'origine du meilleur comme du pire, d'actes de bravoure autant que de violences perverses. Enfin, ce roman, c'est aussi un décor formidablement brossé, celui du Paris de l'immédiat après-guerre, où tout le monde semble heureux et soulagé de retrouver son pays enfin en paix, mais où les blessures saignent encore sous les belles toilettes et les sourires.


TITEUF - TOME 15 à fond le slip
10,50
par (Libraire)
31 août 2017

Monument

Suite de notre sélection de rentrée littéraire avec une oeuvre profonde qui fera date, mélange subtil entre la métaphysique païenne de Georges Bataille et l'affranchissement naturel des conventions qu'on retrouve chez Walter Benjamin.
Quinzième tome d'une oeuvre en perpétuelle construction, océanique et végétale, ce "Titeuf, à fond le slip" frappe dès sa couverture, d'un rose fluo conquérant et son titre, référence assumée au "Par delà le bien et le mal" de Nietzsche.

D'un point de vue sémantique, on y retrouve, comme auparavant, ce goût de l'auteur pour la multi-ordinalité comme dans cette planche sur l'IVG qui est aussi un pamphlet végétariste (page 7) ou encore cette fulgurante charge contre la théorie du langage universel de Chomsky (page 27).
On s'amusera aussi, au milieu de cette écrasante débauche d'idées et de pensées complexes, de clins d’œil littéraire plus triviaux comme cette cocasse référence à Shakespeare et à sa lettre perdue de Mantoue (page 25).
En résumé, cet album poursuit et surpasse l'oeuvre déjà pléthorique de Zep et s'impose comme un monument de la littérature philosophique du XXIe siècle. Dommage que peu de libraires aient le courage de mettre ce genre de titres en rayons. "Trop compliqué", diront-ils. Mais si tout le monde réfléchit de cette manière, et ne vend que ce qui est vendable, alors où ira notre civilisation et notre belle culture ? Je vous le demande !


Le grand amour de la pieuvre
14,00
par (Libraire)
29 août 2017

Connaissez-vous Jean Painlevé ?

Pour tout vous dire, nous non plus, avant d'avoir lu ce très beau premier roman qui vous raconte de manière pour le moins insolite la vie et l'oeuvre de celui qu'on peut considérer comme le précurseur du cinéma scientifique, le premier en fait qui eut l'idée de plonger une caméra sous l'eau pour filmer ce qui s'y passait. Admiré par les surréalistes mais méprisé par ses confrères biologistes dans les années 20 où le cinéma était considéré comme un divertissement trivial, ses travaux ouvrirent néanmoins la voie à un genre à part entière.

Mais s'il n'y avait que ça, ce livre serait une simple biographie. Or, il est bien plus. D'abord, parce que celle qui vous raconte cette histoire, c'est l'un des premiers sujets d'étude de Painlevé, une pieuvre bretonne très inspirée. Ensuite parce que la plume de Marie Berne, plongée dans cette encre animale, en épouse la poésie gracile et la passion impossible. Le récit en devient habité, trépidant, charmeur, en un mot : amoureux. Une belle découverte.


Les Buveurs de lumière

Anne-Marie Métailié

20,00
par (Libraire)
25 août 2017

Glacé

Ce livre est si fragile qu'on ne sait même pas comment il fait pour tenir debout. Et pourtant ça fonctionne. Tout est beau, tout est crédible, même le fait que la Terre soit plongée subitement dans une nouvelle ère polaire. Pourquoi pas ? Vous êtes climatologue, vous ?

Est-ce que c'est l'écriture de Jenni Fagan qui nous fait accepter ça, sa manière si particulière de révéler le fond des êtres, le cœur palpitant de ses personnages ? Ou bien les personnages eux-mêmes, ces trois destins, sublimes et déglingués, liés par une envie furieuse de tendresse ? On ne sait pas. Mais le fait est que le roman est en vie, par un étrange processus magique, il respire et on s'y attache, on ne veut plus s'en séparer, simplement rester là à écouter encore quelques heures les dialogues futiles et profonds qui s'en échappent, admirer les images féeriques et terribles qui l'émaillent, aurores boréales, icebergs géants, armées de givre. Il y a bien une intrigue, des secrets de famille, des accidents de la vie, mais est-ce vraiment le plus important quand tout autour de vous est en train de geler ? Simple, mystérieux et poignant, ce livre est un ami qu'on veut protéger.