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sandrine57

Lectrice compulsive d'une quarantaine d'années, mère au foyer.

Par amour / roman, Prix des lecteurs Littérature française 2018

Prix des lecteurs Littérature française 2018

Le Livre de poche

7,90
13 juillet 2020

Emélie et Muguette, deux sœurs havraises, deux caractères opposés, deux épouses, deux mères, dans la tourmente de la Seconde Guerre mondiale.
Emélie, la combative, la volontaire, la pragmatique, la mère de Jean et Lucie, l'éternelle amoureuse de Joffre, son mari parti au front.
Muguette, la cadette, rêveuse, fragile, insouciante, mère de Joseph et Marline et qui se languit de son mari prisonnier en Allemagne.
De l'exode à la libération, les deux sœurs et leurs familles vont subir l'humiliation de la défaite, la honte de l'occupation, les bombardements allemands ET alliés, la faim, le froid, la maladie, la séparation, le deuil...

Un récit fort et plein de sentiments qui s'appuie sur une solide documentation historique pour nous immerger totalement dans le chaos havrais. À travers les multiples voix des personnages, on découvre l'enfer des bombardements, tous les renoncements qu'impose la guerre, mais aussi un pan méconnu de l'histoire du Havre : l'envoi de centaines d'enfants du pays vers l'Algérie afin de les mettre à l'abri.
À travers l'histoire de ces deux familles, Valérie Tong Cuong rend un vibrant hommage à sa propre famille et à tous les havrais sacrifiés sur l'autel de la guerre. On se souviendra longtemps de Muguette, Emélie, Joffre, Marline et tous les autres, de leurs convictions, leurs certitudes, leurs déceptions, leurs souffrances et leurs choix toujours faits... par amour.

Voyages de noces

McDermid, Val

Flammarion

22,00
29 juin 2020

Désormais à la tête de la toute nouvelle BREP, Carol Jordan attend avec impatience la grosse affaire qui pourra prouver que son équipe mérite d'être qualifiée de brigade d'élite. Tous sont sur le pied de guerre et Carol trépigne d'autant plus que depuis qu'elle a lâché la bouteille, son travail est sa seule source de satisfaction. L'occasion de faire leurs preuves arrive du North Yorkshire où le cadavre d'une femme vient d'être retrouver dans une voiture incendiée sur une aire d'autoroute isolée. Mais toutes les preuve susceptibles de faire avancer l'enquête ont disparu dans l'incendie et la BREP a très peu de matière pour commencer l'enquête. C'est malheureusement lorsqu'une deuxième victime est découverte que quelques pistes émergent. Les deux femmes semblent s'être rendues seules à un mariage et y auraient rencontré leur bourreau. Pourtant très vite l'enquête s'enlise et même Tony Hill semble incapable d'établir un profil psychologique. Face à un tueur insaisissable, pressée par sa hierarchie d'obtenir des résultats rapides et confrontée à une journaliste qui veut sa peau, Carol Jordan est au bord du gouffre.

Dixième enquête pour le commandant Carol Jordan et le profileur Tony Hill. Plus que des amis, moins que des amoureux, ils cohabitent provisoirement, le temps pour Carol de réussir son sevrage. Car les tentations de replonger sont grandes, exacerbées par une enquête qui n'avancent pas et des pressions de toutes parts. Mais Carol sait qu'elle peut compter sur le profileur ainsi que sur toute son équipe toujours vent debout derrière leur cheffe.
Encore une fois, Val McDermid réussit à nous prendre dans ses filets grâce à l'attachement à ses personnages qu'elle a su crée. Carol bien sûr, blessée mais toujours debout, Tony, son éternel amoureux platonique mais aussi les autres membres de la brigade. Dans cet opus, une belle part est réservée à Paula, la spécialiste des interrogatoires. Tutrice avec sa compagne du jeune Torin, elle est confrontée aux premiers tourments de l'adolescence du garçon qui jusque là n'avait posé aucun problème. Là encore, ses collègues, dont Stacey, l'informaticienne de génie, seront solidaires pour l'aider à sortir Torin du guêpier où il s'est fourré.
McDermid a su trouver le juste équilibre entre vie privée et enquête policière, ainsi les personnages nous semblent proches malgré les horreurs auxquelles ils sont confrontés. Ce dixième opus, un des meilleurs au demeurant, ne déroge pas à la règle et réserve un final des plus surprenants...Vivement la suite !

Les chemins de la haine

Dolan, Eva

Points

8,30
29 juin 2020

Dans la banlieue de Pertersborough, une ville de l'Est de l'Angleterre, au petit matin, l'abri de jardin d'un pavillon part en fumée. A l'intérieur, Jaan Stepulov, un SDF letton qui faisait le malheur des propriétaires de la maison. Violent, alcoolique, il squattait les lieux et terrorisait le couple Barlow. Poussés à bout, ont-ils allumé cet incendie mortel pour se débarrasser de leur locataire indésirable ? Ils sont en tout cas les premiers suspects de l'inspecteur Dushan Zigic et son adjointe le sergent Mel Ferreira, de la brigade des crimes de haine. Mais les autres pistes ne manquent pas. Crime raciste ? Crime familial ? Crime lié au travail des clandestins ? A charge pour Zigic et son équipe de démêler les fils dans un milieu qui pratique la loi du silence.

Bien loin des images de cartes postales d'une Angleterre bucolique et accueillante, Eva Dolan nous emmène dans le monde invisible des travailleurs clandestins exploités par les marchands de sommeil, les pourvoyeurs d'emplois peu regardants, les patrons peu scrupuleux, les contremaîtres intransigeants. Ici, les polonais, les portugais, les serbes, les chinois, les lettons et tous ceux qui viennent tenter leur chance à l'Ouest, se retrouvent prisonniers d'un système bien rôdé où tout le monde trouve son compte sauf eux bien sûr, précaires, mal payés, mal logés, assignés aux tâches les plus rudes, quand ils ne sont pas simplement réduits en esclavage, brimés, frappés, enfermés, pas rémunérés. Tous se taisent, par peur des représailles, par peur d'être renvoyés au pays, parce qu'ils n'ont aucun droit, aucune existence légale.
Issus eux-mêmes de l'immigration, lui est d'origine serbe, elle est portugaise, Zigic et Ferreira sont bien placés pour comprendre les difficultés, les peurs et les espoirs déçus de cette population clandestine. Ce n'est donc sans doute pas par hasard qu'ils se retrouvent à la brigade des crimes de haine, soucieux qu'ils sont de rétablir les droits de ceux qui souffrent de l'exil, de l'exclusion, du racisme et des préjugés.
Avec ces deux enquêteurs bien croqués, Zigic le pondéré et Ferreira l'impétueuse et sa volonté marquée de nous montrer en face la triste réalité d'une Grande-Bretagne touchée par la crise mais qui garde toujours son pouvoir d'attraction pour les migrants, Les chemins de la haine est un polar social très réussi qui énonce quelques vérités bien senties sur nos sociétés favorisées et la façon dont nous fermons les yeux sur ce qui nous dérange...Un livre qui fait réfléchir.

Un intérêt particulier pour les morts
23 juin 2020

C'est totalement désargentée mais pleine de bonne volonté que Lizzie Martin arrive à Londres en cette année 1864. A 29 ans, célibataire et pauvre, elle n'a eu d'autre choix que d'accepter une place de dame de compagnie chez Mrs Parry, la veuve de son parrain; son père, médecin dans une ville minière du Derbyshire, ne lui ayant rien laissé à sa mort.
La capitale anglaise est en pleine effervescence. Des taudis ont été rasés pour laisser place à l'immense chantier de la nouvelle gare de Saint-Pancrace. Et pour Lizzie, le choc est rude. Alors qu'elle se rend chez sa bienfaitrice, son fiacre croise la route du cadavre d'une femme qui vient d'âtre retrouvée dans les décombres. Quand il s'avère que la morte n'est autre que la fille qu'elle est venue remplacée auprès de sa tante Parry, Lizzie ne peut s'empêcher de s'intéresser à l'affaire. Comment est-il possible que Maddie Hexham, qui d'après tout le monde s'était enfuie avec un homme pour l'épouser, soit retrouvée assassinée dans un quartier mal famé ? Encouragée par l'inspecteur Ben Ross de Scotland Yard, Lizzie mène son enquête au sein de la maisonnée.

Un polar historique délicieux qui met en scène pour la première fois la jeune Lizzie Martin, fraîchement débarquée de son Derbyshire natal et Ben Ross de la police de Londres. Ces deux-là ne sont pas des inconnus puisqu'ils sont originaires de la même ville et que le père de Lizzie a financé les études de Ben pour le sortir de l'enfer de la mine. Forts de ce lien ancien, ils vont unir leurs forces pour démasquer l'assassin de Maddie.
Si cette première enquête est une réussite c'est d'abord grâce à la personnalité de Lizzie Martin. Elle n'a peut-être pas toutes les qualités que l'on pourrait espérer trouver chez une dame de compagnie mais elle est spontanée, futée, vive d'esprit et féministe avant l'heure. N'a-t-elle pas lu le si décrié Darwin et sa théorie des espèces quand une dame digne de ce nom ce tiendrait éloignée d'une telle hérésie ?
L'époque victorienne est l'autre atout du roman. Ann Granger retranscrit à merveille cette période de l'histoire anglaise dans les descriptions de la ville et des mœurs de la bonne société. On s'y croirait !
Une belle découverte qu'on prolongerait volontiers avec la suite des aventures de cette paire d'enquêteurs très sympathiques.

Ma vie palpitante, roman

roman

Philippe Picquier

19,00
21 juin 2020

Devenir parents à seize ans n'a pas été une sinécure pour les parents d'Areum. Trop jeunes, immatures, pas prêts à accueillir un enfant, ils ont pourtant fait face, tant bien que mal à une situation qui les dépassait. Seize ans plus tard, ils ont quitté leur village de montagne pour s'installer en banlieue de Séoul, plus proches des hôpitaux où Areum passe le plus clair de son temps. Atteint d'une maladie dégénérative incurable, leur enfant adolescent a le physique et les organes d'un vieillard. Condamné à mourir avant d'avoir véritablement commencé à vivre, Areum reste un enfant optimiste, curieux de tout, amoureux de cette vie qui le quitte à grands pas. Depuis toujours, il s'instruit par les livres et les questions qu'il pose à son entourage. La vie, l'amour, la mort sont le sujet d'intenses réflexions qu'il tape avec frénésie sur son ordinateur, ayant entrepris de laisser à ses parents, en guise de testament, l'histoire de leur vie extraordinaire, de leur vie palpitante.

Comment faire passer dans une chronique toute l'émotion qui se dégage de ce roman ? C'est impossible et pourtant que de poésie, de sensibilité, d'amour entre ces pages de l'auteure coréenne Ae-ran Kim. Elle a su se glisser dans la peau d'un adolescent condamné pour nous faire partager ses petits bonheurs, ses espoirs, ses questionnements, sa douleur aussi. Personnage très attachant, Areum nous met sans détours en face de sa maladie qui enferme son énergie, ses projets, ses envies dans un corps de vieillard inapte à suivre l'adolescent qu'il est dans sa tête. Face à sa maturité durement acquise, ses parents sont démunis. Trop jeunes, dépassés par une situation qui les minent, ils n'ont pourtant pas céder à la tentation de baisser les bras, d'abandonner le combat et font front pour soutenir ce fils qu'ils aiment et qu'ils vont perdre.
Au fil des pages, on s'immerge dans le quotidien de cette famille atypique jusqu'à l'inévitable dénouement...Areum, le courageux, l'espiègle, le terriblement vivant Areum, fait partie de ces personnages inoubliables dont le souvenir palpite encore en nous une fois la dernière page tournée. Un grand roman.