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sandrine57

Lectrice compulsive d'une quarantaine d'années, mère au foyer.

Une enquête de Lilith Tereia / Le bûcher de Moorea / Thriller
17 juillet 2020

Le bleu turquoise des lagons, les plages de rêve bordées de cocotiers, une certaine douceur de vivre...Bienvenue à Moorea, le paradis sur terre. Une image de carte postale perturbée par un bûcher monstrueux, infernal. Sur le marae de la vallée d'Oponohu, un promeneur a trouvé des corps calcinés. Têtes, bras et jambes ont lentement brûlé dans ce lieu sacré du peuple tahitien. C'est Lilith, la photographe, et Maema, la journaliste, qui sont chargées de couvrir l'affaire pour La Dépêche. Fortes de leur amitié avec Kae, le gendarme local, les deux jeunes femmes ont accès à des informations de première main. Meurtre rituel ? Cannibalisme ? Crime crapuleux déguisé ? Les hypothèses sont nombreuses et Lilith est bien décidée à faire toute la lumière sur cette étrange mise en scène.
A des milliers de kilomètres de là, en métropole, Nael, tueur en série de son état, est lui aussi confronté à un inquiétant phénomène. Alors qu'il vient de supprimer une vieille fermière et un témoin gênant, il découvre le cadavre de son ex-femme dans la maison de sa victime. Pire ! La morte tient entre ses mains une photographie de lui qui pourrait bien le compromettre en cas d'enquête de police. N'écoutant que son instinct de survie, il embarque les trois corps pour les cacher dans un lieu connu de lui seul. C'est là, de l'autre côté de la frontière espagnole, qu'il fait la connaissance de Gaspard, un rat doué de la parole qui devient son compagnon de route. Aiguillés par d'autres photos retrouvées chez la fermière, ils s'envolent pour Tahiti où Nael semble avoir vécu avec Ariane, bien qu'il n'en garde aucun souvenir...

Première découverte de Patrice Guirao, créateur du concept de polar ''noir azur'', un roman policier mêlant le noir au bleu des îles. Dans Le bûcher de Moorea, il nous emmène à Tahiti, sur la petite île de Moorea pour un roman qui flirte avec les traditions tribales et le gore des tribulations d'un tueur en série. Ceci posé, on se retrouve avec un polar un peu bancal qui porte mal son nom. Certes, bûcher il y a mais l'enquête qui en découle passe très vite au second plan pour laisser la place aux tribulations de Nael et de son rat parlant. Et c'est bien dommage ! Car toute la partie tahitienne est vraiment intéressante, cette partie du monde ayant été peu explorée par le monde du polar. Guirao nous propose une photographie historique et sociologique de ces îles du bout du monde, mettant en avant ses beautés naturelles, la richesse de son patrimoine ancestral, sans omettre pour autant les problèmes sociétaux d'une population qui a bel et bien été colonisée et dont la jeunesse part à la dérive. Malheureusement, l'histoire alambiquée d'un Nael carrément barré en recherche d'identité vient parasiter ce qui faisait le sel du roman. Lui et son rat, dans une intrigue secondaire ennuyeuse, n'apportent rien à un récit qui méritait d'être approfondi.
Bilan mitigé pour ce polar déséquilibré dont on retiendra pourtant le cadre dépaysant et le duo féminin d'enquêtrices atypiques et complémentaires. Et en bonus, l'oncle de Lilith, tahitien pur jus, un sage vieillard, philosophe et attachant.

Bitna, sous le ciel de Séoul
13 juillet 2020

Venue de sa campagne pour étudier à Séoul, Bitna vit sous la coupe d'une tante et d'une cousine imbuvables. Pour fuir leur mépris et leurs insultes, elle parcourt les rues de la capitale coréenne et trouve refuge dans les librairies. Là, elle rencontre le beau Frédérick qui lui procure un emploi. Il s'agit de raconter le monde à Salomé, cloîtrée chez elle par une maladie dégénérative. Pleine d'imagination, Bitna invente des histoires pour la divertir, l'amuser, lui faire peur aussi. Très vite, Salomé devient dépendante de sa conteuse qui joue sur le fil ténu entre imagination et réalité et savoure son emprise sur la malade.

Quand un Nobel français s'essaie au roman coréen, cela donne un hymne à Séoul, à la littérature, aux mots, à l'amitié.
Inspiré par les légendes, les mythes, les traditions de la Corée du sud, Le Clézio raconte la ville tentaculaire, la moderne solitude, la séparation avec le nord et, bien sûr, la magie universelle des mots. Les histoires, contes, créés ou réels, de Bitna sont un pont entre Salomé, enfermée entre ses quatre murs, et le vaste monde extérieur. Les mots de Bitna apaisent ses maux et lui donnent une raison de continuer à lutter contre sa mort inéluctable. Shéhérazade moderne, mâtinée de Cendrillon, Bitna joue avec la réalité mais aussi avec son unique auditrice. Les mots lui donnent le pouvoir...presque de vie ou de mort sur une Salomé complètement à sa merci malgré son aisance matérielle, quand elle est sans le sou, pauvresse dans une ville riche.
Avec Bitna, Le Clézio nous invite à une bien belle promenade sous le ciel de Séoul, guidés par les mots portés par le vent. Un beau roman, riche et dépaysant.

Canicule, Prix des lecteurs Polar 2018

Prix des lecteurs Polar 2018

Le Livre de Poche

8,20
13 juillet 2020

Vingt ans qu'Aaron Falk n'a pas mis les pieds à Kiewarra. Depuis qu'avec son père il a quitté la ville, poursuivi par la vindicte du père d'Ellie. Il avait seize alors et il était soupçonné du meurtre de son amie. De l'eau a coulé sous les ponts et Aaron est désormais policier à Melbourne, spécialiste des affaires financières. Un drame l'a fait fuir, un drame le fait revenir. Luke, son ami d'enfance, presque un frère, vient de tuer sa femme et son fils avant de se suicider, ne laissant derrière lui que sa petite Charlotte, âgée de treize mois. Sans le mot du père de Luke, - ''Luke a menti. Tu as menti. Sois présent aux funérailles'' - il se serait épargné ce retour vu d'un mauvais œil par les gens du coin qui n'ont rien oublié du passé qu'il a voulu enterrer. Mais le mot l'a intrigué. Ce terrible drame familial pourrait-il être lié à la mort d'Ellie ? En tout cas, la mère de Luke ne croit pas un instant à la thèse du double meurtre et du suicide, aussi demande-t-elle à Aaron de mener l'enquête.

Ambiance oppressante, étouffante, caniculaire pour ce polar qui nous emmène en Australie, aux confins de l'Outback. Une bourgade agricole, deux drames à vingt ans d'intervalles et un flic confronté à l'hostilité d'une population d'autant plus nerveuse qu'elle n'a pas vu une goutte de pluie depuis des mois.
Canicule est un polar classique avec une structure classique qui va du mystère jusqu'à sa résolution. Et pourtant, c'est aussi un roman envoûtant, un page-turner qu'on ne peut lâcher une minute, un roman d'ambiance qui nous plonge au cœur d'un bled paumé australien. Les difficultés de cette communauté perdue au bout du monde, son isolement, sa pauvreté, son combat contre une nature hostile, tout cela est parfaitement bien décrit et on se met dans la peau de ces gens bourrus qui scrutent le ciel avec, au ventre, la peur de tout perdre. Certains restent chaleureux, cordiaux, solidaires, d'autres lèchent leurs plaies et grognent. Perdu entre passé et présent, intrus parmi les siens, Aaron Flack est l'autre atout du roman. Un flic comme il y en a tant, abîmé par la vie, empêtré dans ses souvenirs, qui sans se l'avouer revient aussi dans sa ville pour tenter de faire la paix avec son passé. Accusé, calomnié, il va chercher la vérité malgré les menaces et les coups.
Rondement mené et addictif, ce polar est un vrai coup de cœur.

Par amour / roman, Prix des lecteurs Littérature française 2018

Prix des lecteurs Littérature française 2018

Le Livre de poche

7,90
13 juillet 2020

Emélie et Muguette, deux sœurs havraises, deux caractères opposés, deux épouses, deux mères, dans la tourmente de la Seconde Guerre mondiale.
Emélie, la combative, la volontaire, la pragmatique, la mère de Jean et Lucie, l'éternelle amoureuse de Joffre, son mari parti au front.
Muguette, la cadette, rêveuse, fragile, insouciante, mère de Joseph et Marline et qui se languit de son mari prisonnier en Allemagne.
De l'exode à la libération, les deux sœurs et leurs familles vont subir l'humiliation de la défaite, la honte de l'occupation, les bombardements allemands ET alliés, la faim, le froid, la maladie, la séparation, le deuil...

Un récit fort et plein de sentiments qui s'appuie sur une solide documentation historique pour nous immerger totalement dans le chaos havrais. À travers les multiples voix des personnages, on découvre l'enfer des bombardements, tous les renoncements qu'impose la guerre, mais aussi un pan méconnu de l'histoire du Havre : l'envoi de centaines d'enfants du pays vers l'Algérie afin de les mettre à l'abri.
À travers l'histoire de ces deux familles, Valérie Tong Cuong rend un vibrant hommage à sa propre famille et à tous les havrais sacrifiés sur l'autel de la guerre. On se souviendra longtemps de Muguette, Emélie, Joffre, Marline et tous les autres, de leurs convictions, leurs certitudes, leurs déceptions, leurs souffrances et leurs choix toujours faits... par amour.

Voyages de noces

McDermid, Val

Flammarion

22,00
29 juin 2020

Désormais à la tête de la toute nouvelle BREP, Carol Jordan attend avec impatience la grosse affaire qui pourra prouver que son équipe mérite d'être qualifiée de brigade d'élite. Tous sont sur le pied de guerre et Carol trépigne d'autant plus que depuis qu'elle a lâché la bouteille, son travail est sa seule source de satisfaction. L'occasion de faire leurs preuves arrive du North Yorkshire où le cadavre d'une femme vient d'être retrouver dans une voiture incendiée sur une aire d'autoroute isolée. Mais toutes les preuve susceptibles de faire avancer l'enquête ont disparu dans l'incendie et la BREP a très peu de matière pour commencer l'enquête. C'est malheureusement lorsqu'une deuxième victime est découverte que quelques pistes émergent. Les deux femmes semblent s'être rendues seules à un mariage et y auraient rencontré leur bourreau. Pourtant très vite l'enquête s'enlise et même Tony Hill semble incapable d'établir un profil psychologique. Face à un tueur insaisissable, pressée par sa hierarchie d'obtenir des résultats rapides et confrontée à une journaliste qui veut sa peau, Carol Jordan est au bord du gouffre.

Dixième enquête pour le commandant Carol Jordan et le profileur Tony Hill. Plus que des amis, moins que des amoureux, ils cohabitent provisoirement, le temps pour Carol de réussir son sevrage. Car les tentations de replonger sont grandes, exacerbées par une enquête qui n'avancent pas et des pressions de toutes parts. Mais Carol sait qu'elle peut compter sur le profileur ainsi que sur toute son équipe toujours vent debout derrière leur cheffe.
Encore une fois, Val McDermid réussit à nous prendre dans ses filets grâce à l'attachement à ses personnages qu'elle a su crée. Carol bien sûr, blessée mais toujours debout, Tony, son éternel amoureux platonique mais aussi les autres membres de la brigade. Dans cet opus, une belle part est réservée à Paula, la spécialiste des interrogatoires. Tutrice avec sa compagne du jeune Torin, elle est confrontée aux premiers tourments de l'adolescence du garçon qui jusque là n'avait posé aucun problème. Là encore, ses collègues, dont Stacey, l'informaticienne de génie, seront solidaires pour l'aider à sortir Torin du guêpier où il s'est fourré.
McDermid a su trouver le juste équilibre entre vie privée et enquête policière, ainsi les personnages nous semblent proches malgré les horreurs auxquelles ils sont confrontés. Ce dixième opus, un des meilleurs au demeurant, ne déroge pas à la règle et réserve un final des plus surprenants...Vivement la suite !