sandrine57

Lectrice compulsive d'une quarantaine d'années, mère au foyer.

La Terre invisible
15,00
20 août 2019

Allemagne, juillet 1945. Démobilisés, les soldats anglais quittent peu à peu le pays vaincu et exsangue. Un photographe de guerre ne peut se résoudre à rentrer chez lui, hanté par les images d'un camp de concentration libéré par les troupes anglaises. Dans l'espoir insensé de comprendre une telle barbarie, il part sur les routes allemandes à la rencontre d'un peuple qui a laissé faire. Le soldat O'Leary qui vient d'arriver et n'a pas connu les combats lui sert de chauffeur. Le périple commence et les deux hommes échangent peu, partageant seulement les rations militaires et l'inconfort des nuits passées dans la voiture. Au fil du fleuve qu'ils longent, ils rencontrent des hommes, des femmes, des enfants, toujours méfiants, parfois hostiles, rarement amicaux. Le photographe prend des clichés, le chauffeur l'interroge sur cette démarche qu'il ne comprend pas tout en distillant des confidences sur sa vie avant la guerre. Unis par les expériences partagées lors de cet improbable périple, les deux Anglais évoluent dans une ambiance de fin du monde, dans un pays qui panse ses plaies.

Deux hommes hantés, un pays dévasté, un drame. Minimaliste, l'écriture d'Hubert Mingarelli nous entraîne, à coup de phrases sèches et concises, dans un road-trip dans l'Allemagne de 1945. À la rencontre des Allemands dont on ne sait s'il faut les mépriser, les haïr ou les plaindre.
Deux solitaires qui échangent leurs silences, un environnement figé et des questions sans réponses. Que cherche le photographe en fixant sur la pellicule ces familles devant leurs maisons ? Une trace d'humanité alors qu'il a vu que les hommes étaient capables du pire ? Dans sa rétine des images de morts, des corps entassés, des êtres martyrisés, la barbarie nazie, dans son objectif monsieur et madame tout le monde esquissent un sourire timide, pas conscients encore du fait que demain le monde entier les jugera...
Un livre étrange, une ambiance lourde, des personnages qui gardent leur mystère jusqu'au bout... une lecture qu'on termine avec soulagement pour retrouver un peu de soleil, de joie, de bonheur.

La vie très privée de Mr Sim
17 août 2019

Depuis son divorce, Maxwell Sim est seul et déprimé. Sa femme et sa fille sont parties à l'autre bout du pays, il est brouillé avec son meilleur ami et il n'a plus la force d'aller au travail. Après un voyage à Sidney où réside son père, il rentre en Angleterre en meilleure forme, prêt à conquérir sa jeune voisine d'avion et à reprendre une activité professionnelle. Mais son plan de séduction tourne court et il ne lui reste plus qu'à accepter une proposition de travail plutôt originale. Il s'agit de traverser l'Angleterre jusqu'au bout du bout pour promouvoir une toute nouvelle brosse à dents écologique. Au volant d'une Toyota hybride dernier cri, Maxwell Sim entame un voyage en solitaire avec pour seule compagnie la voix très sexy de son GPS.

Elle est bel et bien privée la vie de Maxwell Sim, loser-né dépressif. Privée d'amour, privée de bonheur, privée de joie, privée d'amis, privée d'un peu de chaleur humaine... Maxwell Sim est seul dans un monde ultra-connecté où l'on peut être retrouvé n'importe où sur la planète, où l'on peut avoir des centaines d'amis sur Facebook, où l'on peut se créer un faux profil pour bavarder anonymement avec son ex-femme... où l'on peut tomber amoureux d'un GPS. Dans son périple vers les îles Shetland, le voyageur de commerce traverse le pays mais aussi sa vie, de rencontres improbables en retour vers le passé, de rendez-vous manqués en révélations fracassantes. Moral en berne, idées fixes, comportements absurdes, cet anti-héros fracasse son mal-être contre une modernité qui le dépasse. Et pourtant, malgré la tristesse de son personnage, Jonathan Coe réussit à le rendre attachant et touchant. Car, pour s'adapter à la société, nouer des relations véritables et sincères, il faut s'aimer un peu et pour s'aimer il faut avoir été désiré et aimé. Pour Maxwell Sim, les racines du mal sont peut-être moins dans sa difficulté à appréhender un monde qui va trop vite que dans l'héritage familial et les secrets de sa conception.
Quelques longueurs et une fin peu convaincante (quoique surprenante) font baisser la note de ce roman doux-amer, teinté de désespoir mais sauvé par la touche d'humour anglais de son auteur. Pas le meilleur Coe.

Le fossé
21,00
13 août 2019

Robert Walter est un homme comblé. Maire d'Amsterdam, il est apprécié de ses administrés qui aiment sa sincérité, son naturel, son éloquence. Ses fonctions lui permettent de côtoyer les grands de ce monde, il dîne avec Obama, plaisante avec Hollande. Côté vie privée, tout va bien aussi. Il forme un couple uni avec sa femme Sylvia qu'il adore tout autant que sa fille Diana. Pourtant, cette belle harmonie s'envole lors de la traditionnelle soirée du Nouvel an donnée par la mairie. Là, il aperçoit Sylvia riant aux éclats avec Maarten Van Hoogstraten, son adjoint le plus insignifiant. Maarten n'est ni beau, ni drôle, ni charismatique. Qu'a-t-il bien pu raconter à Sylvia pour la faire rire de la sorte ? Et n'ont-ils pas eu l'air gênés quand, mine de rien, il les a rejoints ? Robert s'interroge, Robert se met martel en tête, Robert est jaloux, Robert est certain que Sylvia et Van Hoogstraten ont une liaison. Pourtant, rien chez sa femme ne laisse entrevoir qu'elle le trompe, qu'elle aime ailleurs. Ne serait-ce pas une ruse de son épouse qui fait tout pour paraître normale, trop normale, alors qu'elle le trahit ? Au fil des jours et de son imagination galopante, Robert perd pied. De plus en plus soupçonneux mais trop couard pour crever l'abcès, il laisse un fossé se creuser entre lui et Sylvia.

Le terme est souvent galvaudé mais on peut l'affirmer sans mentir : lire un roman d'Herman Koch est une expérience jubilatoire. Avec cynisme et une pointe d'humour (noir), il malmène ses concitoyens, surtout les notables bien sous tout rapport dont il met à jour les failles et les mauvais penchants. À l'exemple de Robert, le jovial maire d'Amsterdam, mari et père comblé et fils dévoué d'un couple de nonagénaires dont il est toujours proche. L'homme est sympathique, tolérant et ouvert, d'ailleurs sa femme n'est pas néerlandaise. Pourtant, il suffit d'un soupçon sans véritablement fondement pour que tout dérape. Il n'a plus confiance en cette femme qui vient d'un pays culturellement très éloigné des Pays-Bas. Comment peut-elle le trahir alors qu'il a eu la bonté de l'aimer et de l'accueillir en Europe ? Sous ses remarques acides se tapit un racisme dont il se défend avec pour meilleure preuve son choix marital. Mais Koch sait faire apparaître le vrai visage de son personnage tout en contradictions. Outre ses supposés problèmes conjugaux, l'édile doit aussi faire face au désir d'en finir de ses parents. À 90 ans, ils estiment que leur temps est fini et qu'il faut mettre un terme à une vie qui inévitablement va se dégrader. Ils ont prévu de se suicider avant d'être dépendants et amoindris. Mais là encore l'auteur réserve quelques surprises de taille quant à l'issue de ce projet.
Surprenant, souvent drôle et très politiquement incorrect, "Le fossé" se moque d'une société hollandaise propre sur elle, écolo jusqu'à l'absurde, libre mais pas libérée. Une lecture divertissante mais qui sait aussi faire réfléchir.

Lou ! - Tome 08, En route vers de nouvelles aventures

En route vers de nouvelles aventures

Glénat BD

10,50
2 août 2019

Constamment entourée par sa famille et ses amis, Lou a besoin de se retrouver seule pour faire le point sur sa vie. Le temps d'un road-trip, la jeune fille va découvrir de nouvelles villes, de nouveaux visages et se confronter aux grandes questions existentielles qu'elle se pose.

Retour aux fondamentaux pour Julien Neel qui renoue avec un scénario plus cohérent et des dessins plus soignés. Si les fameux cristaux qui avaient laissé les lecteurs plus que perplexes sont évoqués, c'est juste pour signaler leur disparition (aussi inexpliquée que leur apparition d'ailleurs). Malgré cela, ce tome reste faible. Lou voyage, fait la fête, rencontre un chien, pense à sa mère, à son enfance et rentre chez elle. Rien de bien palpitant... Heureusement, Neel a soigné ses décors et on retrouve avec bonheur ses dessins pastels, soignés et précis. Après le flop des deux derniers albums, celui-ci fait du bien même si on en attendait un peu plus. Un cycle s'achève, espérons que la suite saura être à la hauteur.

Ni d'Ève ni d'Adam, roman

roman

Le Livre de Poche

6,30
30 juillet 2019

En 1989, Amélie revient au Japon après seize années d'absence. Elle avait 5 ans quand elle a quitté ce pays où elle est née pour suivre ses parents en Belgique. C'est avec jubilation qu'elle retrouve sa terre natale et qu'elle prononce ses premiers mots dans un japonais un peu rouillé. Pour s'améliorer et rencontrer des autochtones, il lui semble que donner des cours de français est la meilleure des solutions. Son premier élève est Rinri, un jeune homme de son âge, bien sous tous rapports, qui très vite l'intègre à son cercle d'amis, tombe amoureux d'elle et lui demande sa main. Désormais fiancée, Amélie vit un véritable choc des cultures. Sa façon de lui faire la cour, les dîners en famille ou en tête-à-tête, les week-end en amoureux, elle doit assimiler tous les codes d'une relation avec un Japonais. Et pendant qu'elle profite du pays, escalade le Mont Fuji, maîtrise de mieux en mieux la langue, trouve même un emploi, Rinri pense au mariage. Amélie temporise mais, un matin, par inadvertance, elle dit oui. La jeune fille est piégée ! Comment se sortir de cette situation délicate ?

C'est l'histoire d'Amélie Nothomb, fictive ou inventée, en terre nippone. Elle vit des aventures nippones, déguste la cuisine nippone, visite des villes nippones, pratique la langue nippone, fréquente des Nippones et des Nippons, travaille dans une entreprise nippone, est fiancée à un Nippon. Bref, à elle la belle vie nippone.
À part ce manque flagrant de vocabulaire et quelques clichés enfilés comme des perles sur la culture et les mœurs japonaises, on découvre aussi ses qualités d'alpiniste émérite et sa profonde lâcheté. Le pauvre Rinri fait d'ailleurs les frais des deux facettes de sa personnalité. Il souffre sur le Mont Fuji et il souffre d'un amour non payé de retour.
Comme tous ses romans, celui-ci se lit très vite et évite le naufrage grâce à l'humour et l'auto-dérision de l'auteure belge. Rien d'extraordinaire.