Nathalie -.

par (Libraire)
5 juin 2022

Ma mère rit

La réalisatrice Chantal Akerman raconte dans cet ouvrage les moments où elle restait auprès de sa mère. Elle savait que celle-ci, très âgée, ne supporterait pas de terminer sa vie dans ces lieux que l’on réserve à la vieillesse.
Après une opération cardiaque, sa mère avait chuté du lit et s’était cassée l’épaule.
Chantal doit alors rester quatre semaines auprès d’elle. Pour tenir le coup, elle écrit.
Mère et fille s’aiment, c’est indéniable, mais ce lien est toujours singulier des deux êtres qui forment cette entité. Et ces deux êtres peinent à se comprendre. Pire, elles savent chacune ne pas pouvoir répondre aux attentes de l'autre, tout en ne mesurant pas combien leur dépendance l'une envers l'autre les constitue.
Il y a des reproches, des constats, de la fatigue, des souvenirs aussi et la volonté que la dureté du présent ne les efface pas.
Et puis, Chantal Akerman écrit de plus en plus une sorte de bilan existentiel, mettant en lumière ce qui la constitue et les liens toujours difficiles aux autres.
Alors qu’elle étouffe auprès de sa mère, elle relate une relation amoureuse avec une femme rencontrée par le biais de Facebook. Ça commence par des messages, puis des textos et des courriels.
Elle dit combien, là, dans leurs échanges, elles s’aimaient déjà. Et puis, la rencontre, un véritable cataclysme qui est devenu un enfer.
Ce qui est beau dans cet ouvrage, c’est la façon dont Chantal Akerman écrit vrai, du surgissement de l’instant. On sent combien ce souci de vérité est en lien à la réalité vécue qu'elle veut restituer nue, dans tout ce qu’elle peut avoir d’anodin, de banal, de joyeux, de terrible aussi.
Lire cette réalisatrice de son regard toujours blessé par ce qu’est vivre est un temps étrange, important. C’est une forme de communion existentielle, de toucher des mots ce qui fonde les êtres. Ce n’est pas outrancier que de poser ces mots-là.

Kiev - journal de guerre

Evgenia Belorusets

Christian Bourgois

18,00
par (Libraire)
3 juin 2022

Il est 15h30 et nous sommes toujours vivants

C'est la guerre en Ukraine, dite de l'intérieur par cette écrivaine et photographe qui partage sa vie entre Kiev et Berlin.
On saisit combien tout est donné à percevoir de plein fouet, dans l'incompréhension, dans la difficulté de penser, de devoir parer à l'urgence que rencontrent les uns et les autres, ceux-là même que l'autrice donne à percevoir des circonstances, des nécessités dans lesquelles elle les croise. La survie, l'organisation à s'entre-aider, la situation de chacun dont dépend la survie deviennent la seule évidence.
L'Histoire fait son chemin du passé toujours plus lourd à digérer et broie les individus dans leur propre histoire.
Dans cet ouvrage, à chaque jour de guerre, un chapitre.
Chacun dit l'incompréhension, la perte de sens, et la présence autre aux autres, aux lieux aussi.

Extrait,

“ On ne parle pas avec une ruine. On l’observe et on l’interroge en silence, c’est un témoin muet de la guerre au cœur de la ville. Le regard qu’on porte sur elle, sa contemplation, donne à l’observatrice une certaine distance par rapport aux évènements.
Que signifie cette distance ? Elle n’est en aucun cas d'ordre émotionnel, c’est un recul qui donne de la force et le sentiment qu’on peut soi-même contrôler à quelle proximité se trouve la guerre. La ruine réduit drastiquement la distance avec le conflit, elle engloutit, trace gigantesque d’une force inhumaine tout ce qui est humain, tout ce qui constitue la rue dans laquelle je me trouve.
Je n’arrête pas de réfléchir à ce que signifie le fait d’observer dans la ville ces conséquences du bombardement. C’est une sorte de chantier, à ceci près qu’il ne construit rien : il détruit.”
Traduit de l’allemand par Olivier Mannoni.

Denis Lachaud

Actes Sud

21,00
par (Libraire)
20 mai 2022

Le silence d'Ingrid Bergman

Tout est intriguant dans ce livre, le titre, la couverture puis l'histoire. Au fil de lire, on la trouve même hallucinante cette histoire.
Ça commence de façon banale, une femme au foyer vit tous les jours qui passent au même rythme, celui imposé de l'homme qui lui travaille, de l'enfant dont il faut s'occuper. Et puis, des détails installent l'étrangeté ; une ligne blanche à ne pas franchir, une punition choquante imposée à l'enfant.
Alors, l'événement ; l'homme, Roland, fait une crise cardiaque, les secours, l'hospitalisation. D'un seul coup, la femme Ingrid et sa fille Rosalie, sortent pour la première fois de la maison, interrompant définitivement leur séquestration.
Tout se met en branle.
Et c'est fascinant, la façon dont Ingrid et Rosalie se libérent de toutes ces années enfermées, de cet homme qui les a traumatisées sans pourtant parvenir à les détruire. Il faut lire la finesse d'écriture, la subtilité et la profondeur à faire découvrir au lecteur les circontances, les êtres, l'intériorité bouleversée et bouleversante des victimes des faits. Les cheminements de cet homme, de cette femme et de leur fille nous fait percevoir une amplitude d'êtres insoupçonnable, insoupçonnée. On lit étape par étape la construction puis la déconstruction du joug exercé par un homme malade. On est sonné et happé à la fois.

16,50
par (Libraire)
15 mai 2022

No-no-yuri

Kyôko est une femme célibataire, très belle, indépendante et urbaine. Elle vit et travaille à Tokyo, voyage beaucoup à l'étranger dans le cadre de son poste de secrétaire de direction pour une société américaine de cosmétiques. Elle aime le luxe et sa liberté. Elle vit seule.
Elle enchaîne les aventures, toujours avec des hommes mariés, qu'elle quitte quand ils proposent de divorcer pour vivre avec elle. Elle ne mélange pas vie professionnelle et vie intime.
Et puis, brusquement, son patron quitte l'entreprise. Celui-ci se voit remplacer par un homme plus jeune, plus séduisant et là commencent les problèmes et la remise en question personnelle.
Cette femme, forte et tenace, voit au détour de cette relation amoureuse non maîtrisée, ses certitudes ébranlées et craint de perdre pied. Quel sens donner à sa vie, du choc provoqué par cette relation nocive ?
L'écriture est vive, ferme, épurée, parsemée de termes japonais comme si on y était. Mais tout le long, une sensation d'étrangeté, un malaise face à ce qu'est cette femme dans ses certitudes, puis dans sa remise en question, entraînant un changement brutal de perception et de cap du coup. Voici un livre questionnant.

par (Libraire)
12 mai 2022

Le Serpent des blés

Macey et sa mère vont sur les collines de Fuldon, pour une première rencontre avec Mitchell autour d'un pique-nique. Il est un herpétologiste quelque peu original et décalé qui vient de New York pour étudier les serpents propres à la région.
Un lien singulier se crée entre lui et Macey, du plaisir qu'éprouve Mitchell à partager avec elle sa passion. Il trouve chez cette petite fille calme les qualités requises à entrer dans ce vaste univers.
Peu à peu, Mitchell s'installe dans leur vie, mais pour combien de temps ?
C'est un court roman singulier et intrigant où règne une atmosphère trouble, un peu inquiétante. Le roman s'ouvre à nous de mots comme des touches de couleurs, laissant libre cours aux sensations, aux questionnements, à la curiosité quant à ce qui va se passer. C'est là toute sa beauté.
Trafuit de l'anglais ( États-Unis) par Lucien d'Azay.