Jean T.

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Jésus et Judas
8,00
par (Libraire)
4 avril 2021

Dans un court texte, le grand écrivain juif Amos Oz (1988-2018) revisite à nouveau le personnage de Judas, universellement reconnu comme "la figure emblématique du traître, un individu infâme, ignoble, infâme, méprisable". Pour ce faire, il explique comment il a "appris à aimer Jésus" qui n’était pas chrétien, mais un "juif réformateur" que tout Jérusalem connaissait.

Selon des sources chrétiennes, Juda n’était pas "un misérable pêcheur de Galilée, au contraire des apôtres, mais un riche propriétaire terrien, originaire de Judée" qui croyait fermement "en la divinité du Christ, en sa mission de Rédempteur , de Sauveur, de Messie". Alors pourquoi se ferait-il payer la modeste somme de trente sicles pour vendre son maître et héros ? Judas livre son rabbi aux Romains pour hâter l’avènement du Messie et se suicide de désespoir lorsque ceux-ci arrêtent Jésus pour le crucifier. Cette qualification de Judas comme traître "dans les Évangiles fut le Tchernobyl de l’antisémitisme chrétien", ce qui a fait "des dizaines de milliers de victimes innocentes et empoisonne les relations entre juifs et chrétiens depuis plus de deux mille ans". Amos Oz pense "qu’un éditeur digne de ce nom aurait dû supprimer cet épisode des Évangiles, un appendice inutile au déroulement de l’histoire".
Que toute sa vie, Amos Oz ait été accusé d’être un traître fait de son texte une défense inattaquable et brillante.
Traîtresse, Delphine Horvilleur est souvent accusée de l’être à la tradition "en osant porter le titre de rabbin", au féminin qui devrait être relégué à la sphère domestique, au sionisme. Dans une très belle et émouvante préface, elle converse avec le défunt en lui exprimant son affection profonde et tout ce qu’elle lui doit humainement, philosophiquement et politiquement. Elle conclut que "Ceux qui nous accusent de traîtrise ne toléreront jamais cela, la polyphonie des mondes et des incertitudes qui les sauvent".

Le LicorNON

Gautier-Languereau

12,90
par (Libraire)
3 avril 2021

Histoire d’une petite licorne qui n’a pas bon caractère, ou qui a du caractère, on choisira… Elle aime beaucoup dire non, faire ce qu’elle veut, dire NON à toutes sortes de choses. C’est drôle, amusant, agréable.
On peut le donner à lire à des enfants à partir de 7-8 ans, mais on peut aussi le lire à un ou des enfants.
Les illustrations sont douces et pleines d’humour.

La Vraie Vie

Le Livre de poche

7,40
par (Libraire)
1 avril 2021

La jeune narratrice – on ne saura pas son prénom, dix ans, habite un lotissement qui fut joli, le Démo, dans la plus grande maison, presqu’en limite. Son père partage sa vie entre son emploi dans un parc d’attractions, la chasse du gros gibier -une chambre est réservée aux trophées empaillés du chasseur – et le canapé devant la télévision, avec un verre de whisky. Sa mère et une femme discrète, très discrète, éteinte, une « amibe » dit-elle, qui élève des animaux qu’elle semble aimer plus que ses enfants.

Régulièrement, le père ayant trop bu ou agacé par un détail, lui crie dessus et la frappe violemment.
Heureusement, la fillette a un petit frère, Gilles, qui est le soleil de sa vie. Un gamin souriant, joueur, qui a toute confiance en sa sœur qui lui raconte des histoires à faire peur. Ils visitent régulièrement une casse de voitures qui doivent « avoir besoin d’être rassurées », qu’ils caressent et à qui ils « parlent des après-midi entiers ».
Chaque soir, un camion arrive au son de la musique de « La valse des fleurs » de Tchaïkovski. C’est le marchand de glaces. Gilles « prenait toujours deux boules. Vanille-fraise ». Ce soir-là, elle demande une « chocolat-stracciatella avec de la chantilly ». Quand le vieux monsieur met la chantilly, le siphon lui explose à la figure et le tue. Traumatisant…
C’est la fin d’une vie familiale « normale ». Gilles se renferme et devient taiseux. Il passe de plus en plus de temps dans la chambre des cadavres, à caresser la hyène empaillée que craint tant sa sœur, et son père se rapproche de lui et l’entraîne pour la chasse. La jeune fille comprend alors que le mauvais esprit de la hyène va envahir la cerveau de Gilles. Elle décide de l’en empêcher en se documentant pour construire une machine à remonter le temps, juste avant la mort du vieux glacier, afin de retrouver le sourire de son petit frère. La petite fille qui rêve que cette chose impossible est possible va garder cette naïveté tout en étant très réaliste : pour arriver à cet exploit, il faut être obstinée, devenir savante, aller très loin dans l’apprentissage de la physique, avoir envie de ne pas être n’importe qui, décider de devenir une seconde Marie Curie. Développant une fine intelligence de la vie, elle va pouvoir grandir en se protégeant presque totalement de la folle violence de son prédateur de père.
Dès le début, on se laisse prendre par le roman sensible et charmant qui se déroule comme un conte, comme s’il n’y avait pas la violence du père envers les femmes de sa famille. L’écriture d’Aline Dieudonné est fluide, coulante. Elle a l’apparence d’une histoire qu’on commence à raconter et que l’on continue comme elle vient, sans calcul, sans but. Mais sans tarder, la tension monte, on pressent au moins un drame, et, en tout cas, des conduites déviantes, des moments odieusement violents. On ne peut cependant pas prévoir le drame ultime, six ans plus tard, quand la jeune fille sera devenue adolescente, qu’elle affirmera sa détermination, sa liberté, sa féminité. L’angoisse monte jusqu’aux dernières pages. Captivé, j’ai lu ce roman d’une traite et j’avoue avoir eu très peur, persuadé que la narratrice allait mourir.
Ce n’est donc pas une histoire racontée comme elle vient. La construction rigoureuse fait monter la tension palier par palier : la mère qui se réveille de sa passivité, Gilles qui s’endurcit et devient chasseur, la père qui s’aigrit encore après a perte de son emploi, l’engrangement des connaissances intellectuelles de la jeune fille qui lui donnent de l’intérêt pour une autre vie, sa beauté, sa capacité à séduire le Champion, compagnon de La Plume dont elle garde l’enfant, sa détermination, la dureté de la relation père-fille. A chaque palier, on craint la réaction froidement violente du père. Sous cet angle, c’est un roman noir. C’est aussi un roman initiatique sur la sortie de l’enfance, le changement physique, la puissance du rêve, la lente perte de l’innocence et la découverte de la sensualité et de l’amour, la force de l’esprit afin de pouvoir sortir d’une situation de violence destructrice.
La petite fille est devenue une belle personne. Et ce premier roman est une belle réussite.

Une saison douce
16,00
par (Libraire)
23 mars 2021

Dans un village sarde en déshérence qui s’est vidé de ses jeunes, arrivent des migrants et les humanitaires qui les accompagnent, qui ne sont pas attendus et que les locaux, butés et mécontents, appellent les "envahisseurs". On leur attribue une vaste masion inoccupée et laissée à l’abandon, "la Ruine". Ils sont déçus par ce village de paysans qui cultivent "des artichauts et de la biomasse", qui ne correspondait pas à l’Europe qu’ils imaginaient et pour laquelle ils avaient risqué leur vie.

Très vite, des femmes "Sardes campidanaises d’heureuse et pipelette nature" s’émeuvent de la situation. Des liens se nouent avec les migrants qui les isolent des habitants du village et même de leurs maris. Il faut reconnaître que le choc des cultures et assez violent entre les Sardes vieillissants de ce petit village retiré où tous se connaissent, abandonnés par leurs enfants, et ces jeunes "envahisseurs" qui ont tout perdu en traversant la Méditerranée au péril de leur vie, qui sont musulmans, évangéliques, juifs, noirs, syriens, professeur, étudiante, homosexuels… Peu à peu, l’altruisme et la générosité gagnent sur la peur de l’autre, l’égoïsme, et créent une micro-société plutôt harmonieuse, heureuse, diversifiée, donnant aux habitants "une bonne raison de vivre : nous rendre utiles à ceux qui avaient encore moins de chance que nous". Jusqu’au départ des "envahisseurs"…
Avec une seule narratrice, Milena Agus crée une histoire qui nous semble ordinaire par sa façon d’écrire simplement comme un beau conte pour enfants sages. L’histoire d’un monde où on discute et on se confronte, où cohabitent la bonté et la violence, la folie et la raison, la grandeur et la médiocrité, la capacité à s’ouvrir et le joie d’être ensemble, un monde où le bonheur est possible. Milena Agus est implacable dans cette description d’une société figée à laquelle elle appartient, qui évolue vers la douceur d’être.

A dos d'oiseaux
19,95
par (Libraire)
22 mars 2021

Avec "À dos d’oiseaux", Sarah Marquis s’essaie au roman.
Pumella Isquarm, la célèbre exploratrice qui se repose en Suisse, reçoit une vertèbre de dinosaure. L’envoi étant anonyme décide Pumilla à partir à la recherche de l’expéditeur. Elle passe dans les Alpes, puis en Espagne avant d’atteindre la Mongolie et le désert de Gobi .

Le voyage initiatique de Pumilla est l’occasion de faire écho aux expéditions de Sarah Marquis qui a marché des mois dans la Cordillère des Andes, traversé la Sibérie, la Tasmanie, l’Australie. Dans l’inhospitalier désert de Gobi, elle nous emmène dans des lieux mystérieux et secrets. Elle assiste à des trafics étranges et pouvant être dangereux. Elle se trouve immergée dans des rites ancestraux et mythologiques. Difficile de faire la part entre la réalité et le fantastique.
"À dos d’oiseaux" diffère complètement des récits d’expéditions de l’aventurière. Le roman délivre des messages incitant à des découvrir soi-même, à être en lien avec la nature, à mener une vie sage. Il souffre cependant de plusieurs imperfections, de clichés, de moments peu compréhensibles, de transitions mal amenées. À plusieurs reprises, il manque de descriptions, de dialogues pour nous embarquer dans l’endroit ou la situation. Il va trop vite, ce qui est un comble pour une une marcheuse !
Mais il reste intéressant pour les scènes et les lieux mystérieux ("Shambhala") qui titillent l’esprit, pour le désert de Gobi et le voyage qu’on arrive cependant à faire en le lisant. Évidemment, si on apprécie la démarche de Sarah Marquis et ses récits, on passera outre à ces imperfections.
Et on attendra son prochain ouvrage...