Laurence G.

Libraire à Epinal depuis 2013.

par (Libraire)
5 juin 2021

Un très bon thriller dans la grande tradition outre-atlantique

Coup de ❤ pour un polar canadien dans la grande tradition du savoir-faire outre-Atlantique : "City of Windows" de Robert Pobi publié dans un premier temps aux éditions Les Arènes dans la collection Equinox puis en format poche chez Points
Pobi n'est pas un petit nouveau au rayon Polar. Il nous avait déjà servi "L'invisible" et "Les Innocents" publiés par les éditions Sonatine il y a quelques années de cela.
Ce troisième opus propose un nouveau personnage qui n'est pas un flic mais un professeur de physique autiste Asperger qui se met au service de la police pour leur donner un coup de pouce (et quel coup de pouce ! ). Lui et l'équipe de FBI qu'il a intégrée doivent parcourir tout New York en pleine tempête de neige pour arrêter un sniper qui s'en prend à d'anciens membres du bureau fédéral d'investigation. Leur enquête va les mener bien loin de New York ...
Vous saurez tout sur les capacités hors normes de Lucas Page pour analyser une scène de crime en vous plongeant dans ce roman qui fonctionne de bout en bout et roule à tombeau ouvert du début à la fin.

par (Libraire)
5 juin 2021

Un roman anglais remarquablement construit, tout en finesse

S'attardant tout particulièrement sur une journée de mars 1924, Graham Swift nous fait découvrir le quotidien et les pensées les plus intimes d'une jeune femme de 21 ans, orpheline « née indigente », et « placée » comme bonne très jeune dans une maison d'aristocrates anglais.
Après avoir retrouvé son amant, Paul Sheringham, fils de bonne famille, Jane se retrouve seule dans la demeure de celui-ci. Il lui a laissé en partant la clé de la maison et est parti retrouver la jeune femme qu'il doit épouser selon un mariage arrangé par leurs parents respectifs. Ce jour très particulier durant lequel Jane peut jouir exceptionnellement d'une liberté totale est en effet le « dimanche des mères », une tradition laissant aux domestiques une journée libre par an pour aller voir leur mère. Cette journée de retrouvailles avec son amant - dernière journée avant le mariage de celui-ci - puis la déambulation dans la maison, le retour à bicyclette dans la maison de ses patrons, et le drame qui va suivre, laisseront des traces indélébiles en Jane.
Grâce au récit du narrateur relatant par bribes la vie de ce très beau personnage, ce sont deux Jane qui cohabitent en fait durant tout ce court roman, en un subtil va et vient dans le temps: la jeune bonne audacieuse et, fait peu courant alors, dévoreuse de livres, et la femme âgée qui va dévoiler peu à peu au lecteur ses pensées, ses souvenirs et une fracture intime jamais révélée. Fouillant la mémoire de Jane, le narrateur va ouvrir au lecteur les portes intimes de celle-ci demeurées closes durant toute sa longue vie. Derrière ces portes, un amour interdit, des « livres pour garçons » empruntés dans la bibliothèque d'un maître bienveillant et dévorés avec passion, des pièces chargées de portraits de famille ou de bienfaiteurs, une bicyclette, le souvenir de fils perdus pour toujours pendant la Grande Guerre....
Le souvenir, le secret, le poids des traditions, le mystère que peut recéler un individu, tous ces thèmes parcourent ce roman admirablement écrit, tout en nuances et en finesse.

Éditions Gallmeister

9,90
par (Libraire)
29 mai 2021

Un très beau roman sur les perdants de l'Amérique

Gros coup de ❤ pour ce premier roman paru aux editions Gallmeister.
Il a pour cadre l'Amérique rurale, celle des Bull Mountains dans le Montana, celle des petits propriétaires terriens, fréquentant l'église mais armés jusqu'aux dents, alcooliques, attachés viscéralement à leurs montagnes. Ils exècrent l'État qui récupère peu à peu leurs terres suite à des faillites et crée des zones interdites aux chasseurs ou les empêchent de tuer les loups.
Va devoir survivre au milieu de ça un enfant autiste qui va être recueilli par la dernière personne de sa sa famille qui lui reste, son cousin. L'histoire va se compliquer pour les deux personnages qui ont chacun un lourd passif à gérer...
Un roman âpre qui parle de déchéance, de vies brisées et de vengeance dans l'Amérique d"Obama.

Sonatine éditions

20,00
par (Libraire)
26 mai 2021

Le roman de Bergmoser, nouveau venu, est un vrai coup de coeur !

Le bush australien est le décor de cette histoire qui va se dérouler sur un très court laps de temps. Divers personnages s’y sont perdus , dans tous les sens du terme, dont le principal, un certain Frank, qui l’a élu dernier domicile fixe en achetant une petite station-service postée le long d’une route aussi peu fréquentée que le sentier des douanes un jour de tempête.
Frank est un gars qui a vécu pas mal de choses dans sa vie et pas des plus sympas, ce qui l’a convaincu de s’isoler du reste des humains au fin fond du bush. Mais il a quand même eu une vie sociale avant de devenir vaguement pompiste dans ce désert rouge, et il a notamment une petite-fille, Allie, désormais ado, que son fils qu’il n’a pas vu depuis 10 ans, va lui envoyer sans refus possible. Autant vous dire tout de suite que le grand-père comme la gamine ne sont pas particulièrement heureux de devoir cohabiter quelques semaines… A ces deux-là vont se rajouter un couple de jeunes anglais en goguette, Delilah et Charlie, un commercial en voyage d’affaires et surtout une jeune femme qui va débarquer en voiture, blessée à la jambe et dans un sale état jusqu’à s’évanouir au moment où elle va mettre un pied au sol devant la pompe à essence de Frank. Les problèmes vont justement commencer avec elle ; elle ne va pas seulement ne pas vouloir qu’on avertisse une ambulance, elle va également être recherchée par des types qui, si vous les croisiez la nuit – ou même le jour - dans la rue, vous mettraient une vraie pétoche...
Le suspense est créé avec l'isolement total des personnages qui ne vont pouvoir compter que sur eux-mêmes et avec une dilution des informations grâce à l’alternance de points de vue, construction classique mais efficace: tantôt on remonte dans le temps et on découvre peu à peu qui est la fille porte-poisse et pourquoi elle arrive dans cet état, tantôt on est dans la station-service avec toutes les très méchantes embrouilles qui vont bientôt y advenir.
Bergmoser sait parfaitement doser les éléments de l’intrigue qui éclairent peu à peu le lecteur ; il le fait de façon habile et ses personnages sont tout à fait crédibles. Son histoire est bien montée et assez dingue, un vrai page-turner ! La quatrième de couverture fait référence à l’excellent roman de Douglas Kennedy « Piège nuptial » (publié en 1994): le cadre est effectivement le même et la montée de la tension de « La chasse » est tout aussi réussie que dans « Piège nuptial ».
Si le titre n’est pas des plus originaux, ce thriller est nerveux, rapide, efficace, cohérent ; le récit a de nombreuses qualités que vous pourrez découvrir par vous-même si vous vous en emparez, ce que je conseille vivement à tous ceux et celles qui recherchent une montée d’adrénaline avec leurs lectures!

Actes Sud

22,00
par (Libraire)
22 mai 2021

Nature sauvage, amitié, thriller : triplé gagnant !

Vous aimez la nature et vous n’êtes jamais monté à bord d’un canoë ? Qu’à cela ne tienne, ouvrez le roman de Peter Heller,
« La Rivière », paru chez Actes Sud en ce mois de mai 2021, et laissez-vous emporter sur les flots de la Maskwa avec deux bons copains, Wynn et Jack. Ça va gîter fort, et question suspense, vous allez vite vous retrouver dans les eaux troubles d’un thriller !
Fanas de nature, de pêche à la mouche et de sport, les deux compères s’apprécient et se font mutuellement confiance; ils se sont connus au début de leurs études universitaires à Dartmouth et deviennent vite l’un pour l’autre plus qu’un ami, un frère. Ils sont liés par leur amour des grands espaces et de la vie en plein air mais également par celui de la lecture.
Ils décident de réaliser l’un de leurs vieux rêves, prendre une pause pendant leur année universitaire pour descendre en canoë pendant quelques semaines une rivière se jetant dans la baie d’Hudson, en prenant le temps de se poser pour pêcher et admirer la nature sauvage dans ce coin perdu du nord du Canada qu’ils ont choisi comme destination. Tous deux sont des gaillards habitués à des virées en montagne ou sur l’eau; ils ont bien préparé leur périple qui n'est pas des plus reposants car la rivière comporte des rapides difficiles à passer et ont déjà entamé leur descente de la rivière lorsqu’ils aperçoivent un feu de forêt au loin.
Ayant rencontré auparavant deux types, puis un couple, ils vont se sentir obligés de rebrousser chemin pour les avertir du danger croissant du feu qui semble progresser de plus en plus vite.
Le récit commence alors à perdre sa couleur de « nature writing » pour se transformer en roman à suspense…
Peter Heller a le don de nous faire partager son amour de la nature sauvage mais c’est aussi un conteur fabuleux qui sait tisser une histoire qui peu à peu va prendre un tout autre tour que celui attendu. Le danger qui va se concrétiser sous diverses formes va révéler chez chacun des deux amis une facette inconnue de leur personnalité avec laquelle le duo va devoir composer.
Les descriptions des paysages grandioses sont tout aussi réussies que la lente montée de la tension ou la finesse avec laquelle l’auteur étreint ses personnages. Un très beau roman et un très gros coup de coeur !