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Alex-Mot-à-Mots

http://alexmotamots.fr/

Alex L., lectrice compulsive, presque anonyme.
Ayant une préférence pour les bons polars, mais aimant aussi les autres genres (sauf la SF, pitié....)

Le consentement
18 septembre 2020

L'emprise d'un vieux barbon

Je me décide à lire ce livre dont on a beaucoup parlé lors de sa sortie.

J’ai été étonnée de son peu de pages (216) au vu du sujet. L’auteure va à l’essentiel et ne s’embarrasse pas de détails.

S’agit-il d’ailleurs d’un roman, étant donné que les personnages ne sont pas imaginaires ? Peu importe.

Ce qui est intéressant, dans ce récit, c’est la description que l’auteure fait de l’emprise qu’elle a subie de la part d’un vieux barbon ; le terrain propice que constitue sa famille, ou ce qu’il en reste ; son besoin viscéral d’être regardée.

Je ne vous décrirai pas les événements marquants, les médias en ont beaucoup parlé.

Ce que j’ai aimé, c’est la suite, de lire comment on se défait d’une telle emprise. A grand peine, d’autant plus que le gourou bénéficie de la notoriété littéraire et qu’il ne lâche pas sa proie.

Même si, à l’image du début du livre, l’auteure n’entre pas dans les détails.

J’ai aimé le regard adulte qu’elle porte sur ce Monsieur à la sexualité enfantine et mécanique.

Quelques citations :

Ce soir-là, le livre que j’avais apporté et que je lisais dans le petit salon, c’était Eugénie Grandet, de Balzac, qui devient, à la faveur d’un jeu de mot resté longtemps inconscient, le titre inaugural de la comédie humaine à laquelle je m’apprête à participer : "L'ingénue grandit".

Parce que la peur de l’abandon surpasse chez moi la raison, et que je me suis entêtée à croire que cette anormalité faisait de moi quelqu’un d’intéressant.

Toute son intelligence est tournée vers la satisfaction de ses désirs et leur transposition dans un de ses livres. Seules ces deux motivations guident véritablement ses actes. Jouir et écrire.

L’image que je retiendrai :

Celle de la crise psychotique de V. qui lui fait prendre conscience que quelque chose ne va pas.

https://alexmotamots.fr/le-consentement-vanessa-springora/

Elmet

Joëlle Losfeld

19,00
18 septembre 2020

Famille

Quelle histoire étrange que celle de ces deux enfants et de leur père qui construisent leur maison sur un terrain ayant appartenu à la mère des enfants, disparue depuis.

Les enfants ne vont pas à l’école et tous les 3 vivent en marge de la société, très près de la nature.

Le père gagnait sa vie en combattant à mains nues dans des lieux interdits.

C’est le garçon, Daniel, qui raconte leur histoire.

Les passages en pleine nature sont d’un lyrisme ensorcelant.

Mais je dois avouer que je n’ai pas tout compris sur cette famille : la mère est morte d’overdose ? la sœur Cathy se faisait violer par les fils du propriétaire ? La voisine Vivien est-elle dépressive ?

En fermant le roman, il reste quelques zones d’ombres.

L’image que je retiendrai :

Celle de la grande table de cuisine faite par Daniel et son père.

https://alexmotamots.fr/elmet-fiona-mozley/

Le suspendu de Conakry, Les énigmes d'Aurel le Consul

Les énigmes d'Aurel le Consul

Flammarion

19,50
18 septembre 2020

Enquête, humour

J’ai aimé le personnage d’Aurel, complètement décalé dans cette guinée étouffante avec ses manières de juif polonais.

Un roman plein d’humour et qui met en lumière l’organisation du trafic de drogues par cabotage sur les côtes africaines.

L’image que je retiendrai :

Celle d’Aurel habillé d’un pantalon en velours côtelé et d’un pull à col roulé, avec une cravate nouée.

https://alexmotamots.fr/le-suspendu-de-conakry-jean-christophe-rufin/

L'AVEUGLEMENT

Saramago Jose

Points

7,80
18 septembre 2020

Vie moderne

Le roman s’ouvre sur un long travelling avant au carrefour d’une grande ville jusqu’à la personne qui deviendra le premier aveugle : au volant de sa voiture, cet homme ne voit tout à coup plus rien, juste du blanc.

Petit à petit, les personnes autour de lui deviennent elles aussi aveugles.

Dans le but d’éviter une contagion générale, le gouvernement décide de placer ces aveugles d’un nouveau genre en quarantaine dans un ancien asile d’aliénés.

Et c’est là que les choses se compliquent, car non seulement le petit groupe de départ n’arrive pas à s’organiser, les vivres manquent, puis les nouveaux aveugles arrivent de plus en plus nombreux.

J’ai eu un peu de mal au début avec la narration, et ai dû relire deux fois ce travelling d’ouverture pour comprendre ce qu’il se passait. Puis, la lecture devient passionnante.

J’ai aimé que les personnages ne soient jamais désignés par leur prénom mais par leur caractéristique : le premier aveugle, le médecin (qui est ophtalmo), la jeune fille aux lunettes teintées, le garçon louchon, le voleur… Pas une dépersonnalisation : un retour à l’essentiel qui étrangement n’alourdit pas la phrase.

Toutefois, la sempiternelle recherche de nourriture a presque fini par me lasser : l’être humain ne se réduirait donc qu’à la satisfaction de ce besoin, certes essentiel ?

J’ai aimé que l’auteur me parle d’une épidémie dont personne ne sait rien : comment le gouvernement réagit, comment le quidam moyen réagit. Le romancier va imaginer les réactions les plus extrêmes, les difficultés qui se dressent devant chacun.

Si il y a un seul livre à lire qui parle de pandémie, ce serait celui-ci.

Une citation :

Il y a en chacun de nous une chose qui n’a pas de nom, et cette chose est ce que nous sommes. (p.309)

L’image que je retiendrai :

Celle des dortoirs et des corps de plus en plus sales à mesure que passent les jours.

https://alexmotamots.fr/laveuglement-jose-saramago/

Betty

Éditions Gallmeister

26,40
7 septembre 2020

Cherokee, famille

Quel roman passionnant ; quels personnages attachants ; quelle famille originale et captivante.

Je les ai tous aimé (ou presque) :

Fraya, la soeur aînée, qui compose des chansons, les enregistre ; quand elle part de la maison familiale s’installer dans son appartement au-dessus de son travail, elle écrit chaque soir un Bonne nuit pour ses soeurs qu’elles s’échangent quand elles se revoient ; son secret enterré dans un bocal par Betty
Flossie, qui rêve de devenir une étoile à Hollywood ; qui croit à la malédiction de la maison familiale
Trustin qui dessine des orages et qui rêve, comme Betty, d’avoir des ailes
Lint, qui collectionne les cailloux contre les démons, qui apprend de son père les décoctions pour les remèdes
La mère, qui s’entoure de jaune dans ses rideaux ; qui raconte son histoire à sa fille Betty qui ira l’enterrer dans un bocal au fond du jardin
La scène du Bout du monde, au fond du jardin, sous laquelle Betty enterre les bocaux contenant les histoires tragiques de sa mère et de sa soeur Fraya
Les ballons rouges que l’un des voisins fait s’envoler chaque jour avec à l’intérieur une lettre pour sa femme, décédée
Le père cherokee qui raconte des histoires à Betty et Lint ; l’une d’elle concerne l’oiseau contenue dans son cœur en verre
Les 4 éléments omniprésents dans le récit : la terre qui donne les fruits et légumes pour nourrir la famille ; l’air avec Betty et Trustin qui veulent voler ; l’eau avec la rivière qui coule dans le bois de la propriété et dans laquelle les enfants vont sans cesse se baigner ; le feu avec les flammes qui dévorent l’église dans l’incendie provoqué par les sœurs.

Et puis Betty, bien sûr, qui grandit dans une petite ville de l’Ohio où les enfants de son école se moquent d’elle, la Petite Indienne : ils sont persuadés qu’elle a une queue.

J’ai aimé les articles du journal local qui relatent les coups de feu que certains habitants entendent à n’importe quelle heure du jour et de la nuit, pendant des années, sans que personne ne sache d’où ils proviennent.

Et bien sûr, il y a Leland, l’étrange frère aîné très proche de Fraya, trop.

J’ai aimé que l’auteure me parle de la nation Cherokee dans laquelle c’étaient les femmes qui cultivaient la terre, les hommes étant chasseurs ; dans laquelle ce sont les femmes qui sont puissantes et prennent les décisions pour le clan.

Un roman terminé avec des poissons d’eau dans les yeux tant la fin prend aux tripes.

Une citation :

« Aucune eau ne connaît le repos ». Je sais maintenant ce que (mon père) voulait dire, parce que les vagues provoquées par sa mort ont perdu de leur force. Mais les eaux ne seront jamais tranquilles. (p.716)

L’image que je retiendrai :

Il y en a tellement, comment choisir ?

https://alexmotamots.fr/betty-tiffany-mcdaniel/