Grégoire C.

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A la tête de la belle librairie Obliques depuis 2011.

Une douce lueur de malveillance
par (Libraire)
1 septembre 2018

Souvenirs, souvenirs

Intrigue familiale, suspens psychologique et tueur en série : un cocktail bien corsé pour un roman où la mémoire joue le premier rôle.
Autour d'une scène traumatique originelle, le massacre des parents, Dan Chaon construit un roman de la relativité. Voit-on tous la même chose ? Et même si nous voyons la même chose, sommes-nous capables de nous en souvenir de la même manière ?
Jonglant avec les points de vue, l'auteur nous balade dans un tourbillon passionnant où rien n'est jamais certain, sauf peut-être la science, celle qui innocente Rusty, accusé à tort de la tuerie et qui sort de prison au début du roman, trente ans après y être entré.
Inventif, noir, addictif, c'est un roman policier sans policier, une enquête aux confins de l'intellect humain, là où sommeille le pire des assassins : l'oubli.

Les fantômes du vieux pays
par (Libraire)
28 août 2018

Si vous décidez de lire ce livre, rendez-vous page 2

Quel souffle ! Quel humour ! Quelle ambition !
D'abord, quand on ouvre ce livre, on est en terrain connu, capté dès le prologue par un univers familier. Oui, c'est un grand roman américain comme on les aime, avec tous les passages obligés du genre : le prof de fac déprimé, les affres de la création, le feuilleton politico-médiatique.

Et pourtant, il y a ce petit quelque chose en plus, cette voix qui sonne différemment, cette singularité qui fait que le livre ne ressemble à aucun autre. Et dieu sait qu'on en a vus passer ! Alors on avance dans ce pavé de 700 pages qui tournent toutes seules et on plonge un peu plus dans le cœur de ce projet littéraire pour comprendre que le vrai sujet de ce livre, ça n'est pas l'Amérique, pas une énième intrigue familiale qui se réglera à grand coup de révélations tonitruantes. Ce dont nous parle Nathan Hill, c'est quelque chose de plus vaste, de plus existentiel, c'est la vie, énormément et tout simplement : celle qu'on rêve, celle qu'on se construit, celle à laquelle on renonce. Comme dans les "livres dont vous êtes le héros" que Samuel, le protagoniste de cette histoire, lisait quand il était enfant, chacun des personnages de cette somme romanesque est une facette, une réponse différente à la même question, universelle, terrifiante et fascinante à la fois : ai-je fait le bon choix ?
Mais quand on a dit ça, on n'a pas dit le voyage échevelé dans lequel le livre nous embarque, du Chicago universitaire et contestataire de 1968 jusqu'au populisme médiatique d'un candidat républicain à la présidence en 2011, en passant par un chapitre splendide, presque un roman à lui tout seul, qui dépeint l'enfance de Samuel et son amitié avec un gamin solaire et anarchiste. On n'a pas non plus parlé de la très pertinente réflexion sur la puissance médiatique qui traverse tout le livre ni du poids qui pèse sur les épaules des jeunes filles des années 60 à nos jours. Fantômes norvégiens, éditeurs verreux, flics pervers et histoire d'amour passionnelle parachève ce très impressionnant premier roman d'une richesse folle, écrit avec une fluidité qui vous emporte littéralement. La seule question qu'on se pose maintenant, c'est "à quand le prochain ?"

Le dégoût - Thomas Bernhard à San Salvador
par (Libraire)
27 août 2018

Règlement de compte

Dans un bar de San Salvador, Edgardo vide son sac et dit tout le mal qu'il pense de ce pays qu'il a quitté. Médecins, profs, politiciens, ... tout le monde en prend pour son grade dans ce monologue rageur et cocasse qui se lit d'une traite, comme une bonne rasade de whisky.

Moronga

Anne-Marie Métailié

22,00
par (Libraire)
24 août 2018

Paranoïa chronique

Deux rescapés de la guerre civile salvadorienne atterrissent aux Etats-Unis pour y refaire leur vie. Attention, choc thermique !
Castellanos Moya excelle dans l'art de scruter les hommes que l'Histoire a marqués au fer rouge. Après "La servante et le catcheur" et surtout "Le rêve du retour", l'auteur explore un peu plus dans ce roman la cicatrisation de blessures impossibles à refermer avec un humour ravageur et une vraie humanité.

Divisé en deux parties aux tons très différents, "Moronga" s'amuse de la société américaine pour son puritanisme maladif et souvent plus malsain que le mal, à tel point que pour un immigré, la paranoïa peut vite s'installer. Qui sait si le fait de reluquer les cuisses d'une étudiante ne sera pas capté par une caméra de vidéosurveillance et vous jettera en prison pour des années, voire pire, dans un avion pour le Salvador ?
De l'autre côté de la caméra, un autre immigré, blessé par la même guerre, s'ennuie. Comment reprendre une vie normale quand on a tenu des armes et essuyé des tirs ? Et comment le faire dans une ville américaine, proprette et aseptisée ?
Vraiment, si vous ne connaissez pas encore cet auteur, foncez sur une perle de la littérature sud-Américaine qui en cache beaucoup d'autres car vous le verrez, toutes les oeuvres de Castellanos Moya sont reliées pour désormais brosser la fresque ample et virtuose de la famille Aragón, et plus largement, de la violence qui a ravagé son pays pendant tant d'années.

La guerre est une ruse
par (Libraire)
24 août 2018

Nid de serpents

S'il est un moment historique peu connu, ce sont bien les années 90 en Algérie. Plongé dans une tourmente politique qui deviendra meurtrière, le pays, à cette époque, disparaît des radars médiatiques européens, occupés à compter les casques bleus envoyés dans une Yougoslavie déchirée. Il faudra l'attentat de la gare RER St Michel pour que la France commence à se demander ce qu'est ce mystérieux GIA, Groupe islamique armé, qui s'en prend à ses citoyens.

Avec ce livre, Frédéric Paulin remet les pendules à l'heure et promis, après la lecture de ce thriller d'espionnage, vous aurez tout compris sur les enjeux de ces années charnières.
A la fois extrêmement documenté et d'une narration très fluide, Paulin réussit à imbriquer des intrigues à suspens tout en expliquant de manière limpide ce qui se tramait dans les cabinets noirs sur chaque rive de la Méditerranée.
C'est un roman explosif, haletant, puissant, qui n'hésite pas à prendre parti et asséner que l'horreur terroriste que l'Europe connaît dans les années 2010 ne vient pas de nulle part.