Grégoire C.

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A la tête de la belle librairie Obliques depuis 2011.

Tous nos noms
21,50
par (Libraire)
21 août 2015

Ces destins qui ont fait l'Amérique

Dinaw Mengestu continue de questionner ses origines avec ce roman bouleversant, à la fois roman d’amour, de guerre, d’amitié, de lutte et d’Histoire où deux récits s'enchâssent pour finalement nous montrer le saignement des mêmes plaies.

On y suit le destin d’Isaac, étudiant ougandais idéaliste à une époque où le socialisme africain naissant laissait entrevoir tous les espoirs. Celui aussi d’Helen, assistante sociale du Midwest américain, prête à se heurter aux regards haineux d’un pays encore soumis à la ségrégation.
Le miroir est troublant, le destin cruel. Fuir l’oppression, la guerre et les tueries arbitraires pour retrouver une autre violence, celle de l’exclusion et du racisme.
Mais quand l’amour entre en jeu, toutes les ombres disparaissent. Et quand c’est de la plume poétique, sensible et teintée d’ironie de Mengestu que vient cette histoire, le roman devient fresque et ces humbles amants des héros.
Tous nos noms est un roman porté par un souffle unique tout en se plaçant dans la droite filiation des livres importants de la littérature américaine qui ont apporté autant aux belles lettres qu’à l’Histoire de leur pays en montrant qu’un peuple est toujours et surtout la conjugaison de destins singuliers et de cœurs désintéressés.

La pire personne au monde
20,00
par (Libraire)
21 août 2015

Fou rire sur le huitième continent

Le principal défaut de ce roman, c'est que vous allez seulement rire aux éclats. Parce que non, vous ne trouverez pas de sens caché, pas de matière à réflexion érudite, pas de métaphore ou de morale dissimulée entre les lignes (comme cela a parfois été le cas chez Coupland). Non. Juste du rire, à chaque page ou presque, dans cette épopée complètement barrée où notre malheureux et pathétique héros ira de mal en pis, de tuiles en catastrophe, alors qu'il pensait se la couler douce en filmant une sorte de Koh Lanta foireux sur une île paradisiaque entouré de nymphettes pas farouches.

Cette pire personne au monde dont parle le titre, c’est donc lui, Raymond Gunt, loser magnifique, qui aime échouer avec panache et se rassurer avec une bonne rasade de mauvaise foi maladive et d’alcool fort. Affublé d’une ex-femme machiavélique et d’un assistant trouvé dans le caniveau, le voici embarqué vers l’archipel des Kiribati, au milieu du Pacifique, mais inutile de dire que le voyage sera mouvementé, entre allergies aux noix de macadamia, séquestrations militaires et petites alertes nucléaires.
Bien qu’il ait connu le succès mondial avec Microserfs et Génération X, Douglas Coupland n’a jamais vraiment eu en France le lectorat qu’il méritait, malgré d’autres chefs d’oeuvre comme Girlfriend dans le coma ou Toutes les familles sont psychotiques.
Pour remédier à cette injustice, l’auteur canadien nous revient ici à son top niveau : les blagues fusent, les situations loufoques se succèdent et le rythme ne faiblit pas d’un iota. Au cours de la lecture, on pense souvent à tous ces grands cyniques misanthropes américains, les Karoo, Bukowski, Nathan Zuckerman ou Exley qui ont fait le bonheur des lecteurs sarcastiques que nous sommes et véritablement, Raymond Gunt a tout ce qu’il faut pour rejoindre cette cohorte titubante de quinquagénaires aigris, follement inventifs et désespérément drôles.
Au cinéma, on aurait appelé ça une comédie. En littérature, c’est un bon feel-good book, de ces romans qui vous font rigoler sans arrière-pensée parce que la bonne réplique tombe toujours au bon moment et que parfois, on ne demande rien de plus à un livre.
Quant au huitième continent... vous verrez bien.

L'enfer de Church Street

Éditions Gallmeister

15,00
par (Libraire)
12 août 2015

Mécanique implacable

Peuplé de flics véreux, de pasteurs arrivistes et d’une galerie de mesquins en tous genres, ce roman aura du mal à passer pour une romance, et pourtant, c’est bien l’amour, ou un cousin vaguement ressemblant, qui guide les actions, bonnes ou terribles, de ce minable narrateur.

Noir, effarant, miné par la misère sentimentale et morale, cet Enfer dont parle le titre est d’abord celui dans lequel se débattent les âmes damnées de Little Rock, Arkansas, où il semble que personne ne soit véritablement animé de bonnes intentions, pas même les victimes.

Le tour de force du livre, sans aucun doute, est de nous faire ressentir une certaine empathie pour ces figures mauvaises, ces petits lâches et ces vrais méchants, et au bout d’un suspens savamment travaillé, de nous faire nous interroger sur notre propre humanité, sur nos objectifs, assumés ou inconscients dans chaque geste que nous accomplissons et chaque décision que nous prenons.

C’est limpide, implacable, ça se lit d’une traite, avec un mélange de compréhension et de dégoût, comme on écouterait la confession d’une vague connaissance dont on ne saura finalement jamais si elle aurait pu être notre ami, et si ça n’est pas plus mal comme ça.

L'Enregistré, Performances / improvisations / lectures

Performances / improvisations / lectures

P.O.L.

39,00
par (Libraire)
12 août 2015

Témoignage vivant

P.O.L. poursuit l’édition des œuvres de Christophe Tarkos, poète emporté en 2004 par la maladie à l’âge de 41 ans. Après la somme "Écrits poétiques" en 2008, ce volume est un étonnant éclairage sur le travail de l’auteur, dont le talent d’improvisateur et de performeur se révèle intimement lié à sa pratique d’écriture.

"L’enregistré" se compose ainsi d’un CD audio, d’un DVD et d’un ouvrage qui restitue par écrit l’ensemble des textes qui ont bénéficié de ces captations. Poésie mouvante, langue de l’instant, le travail de Tarkos se révèle d’une incroyable vivacité, parfois drôle, parfois tragique, et toujours habité par une rage indéfectible de dire, de dire au mieux, saluant cette matière magique dont sont faits les poèmes, mais une matière qui ne serait pas de mots.

Un ouvrage indispensable pour tout amateur de poésie contemporaine, libre et décomplexée, mais aussi pour qui voudrait mettre un pied dans le foisonnement créatif trop peu connu qui a commencé à agiter la poésie française à la fin du XXe siècle et dont les stolons n’en finissent plus d’éclater.

L'autre ville
19,00
par (Libraire)
12 août 2015

Un livre magique

Quand le narrateur de cette histoire découvre un livre à l'alphabet mystérieux sur les étagères d'une librairie, il ne se doute pas qu'il vient de pousser la porte d'un monde nouveau et furieusement poétique. Et vous non plus !

Quel roman ! Mais quel roman ! Ballade surréaliste dans les rues de Prague, cette "Autre ville" se donne pour mission de vous faire changer d'avis sur tout ce qui vous entoure. Regardez bien, oubliez vos rendez-vous, ralentissez votre marche, prenez la peine de jeter un œil dans les recoins sombres, sous les cages d'escalier, dans les placards oubliés, là où se déroulent des scènes incroyables, où surgissent des architectures titanesques, où vivent d'étranges peuples. Car l'exotisme, chez Michal Ajvaz, ne se trouve pas dans des pays lointains, mais là, sous notre nez, dans nos maisons, là où plus personne n'a le courage ou la curiosité de regarder.
C'est un guide voyage dans notre imaginaire oublié. C'est aussi un formidable morceau de bravoure poétique tellement les descriptions débordent de détails hallucinés : statues de glace, paquebots entre les immeubles, tramway d’émeraude qui ne mène nulle part, océans de draps, avalanches d'édredons... Ne cherchez pas d'intrigue complexe à cette "Autre ville", elle n'en a pas besoin, et cette stupéfiante odyssée contemplative n'en est que plus forte, mode d'emploi amical, manifeste doux, comme un encouragement à retrouver chaque jour, à chaque instant, le merveilleux au cœur même de notre quotidien. Un livre magique.