Grégoire C.

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A la tête de la belle librairie Obliques depuis 2011.

Le dégoût - Thomas Bernhard à San Salvador
par (Libraire)
27 août 2018

Règlement de compte

Dans un bar de San Salvador, Edgardo vide son sac et dit tout le mal qu'il pense de ce pays qu'il a quitté. Médecins, profs, politiciens, ... tout le monde en prend pour son grade dans ce monologue rageur et cocasse qui se lit d'une traite, comme une bonne rasade de whisky.

Moronga

Anne-Marie Métailié

22,00
par (Libraire)
24 août 2018

Paranoïa chronique

Deux rescapés de la guerre civile salvadorienne atterrissent aux Etats-Unis pour y refaire leur vie. Attention, choc thermique !
Castellanos Moya excelle dans l'art de scruter les hommes que l'Histoire a marqués au fer rouge. Après "La servante et le catcheur" et surtout "Le rêve du retour", l'auteur explore un peu plus dans ce roman la cicatrisation de blessures impossibles à refermer avec un humour ravageur et une vraie humanité.

Divisé en deux parties aux tons très différents, "Moronga" s'amuse de la société américaine pour son puritanisme maladif et souvent plus malsain que le mal, à tel point que pour un immigré, la paranoïa peut vite s'installer. Qui sait si le fait de reluquer les cuisses d'une étudiante ne sera pas capté par une caméra de vidéosurveillance et vous jettera en prison pour des années, voire pire, dans un avion pour le Salvador ?
De l'autre côté de la caméra, un autre immigré, blessé par la même guerre, s'ennuie. Comment reprendre une vie normale quand on a tenu des armes et essuyé des tirs ? Et comment le faire dans une ville américaine, proprette et aseptisée ?
Vraiment, si vous ne connaissez pas encore cet auteur, foncez sur une perle de la littérature sud-Américaine qui en cache beaucoup d'autres car vous le verrez, toutes les oeuvres de Castellanos Moya sont reliées pour désormais brosser la fresque ample et virtuose de la famille Aragón, et plus largement, de la violence qui a ravagé son pays pendant tant d'années.

La guerre est une ruse
par (Libraire)
24 août 2018

Nid de serpents

S'il est un moment historique peu connu, ce sont bien les années 90 en Algérie. Plongé dans une tourmente politique qui deviendra meurtrière, le pays, à cette époque, disparaît des radars médiatiques européens, occupés à compter les casques bleus envoyés dans une Yougoslavie déchirée. Il faudra l'attentat de la gare RER St Michel pour que la France commence à se demander ce qu'est ce mystérieux GIA, Groupe islamique armé, qui s'en prend à ses citoyens.

Avec ce livre, Frédéric Paulin remet les pendules à l'heure et promis, après la lecture de ce thriller d'espionnage, vous aurez tout compris sur les enjeux de ces années charnières.
A la fois extrêmement documenté et d'une narration très fluide, Paulin réussit à imbriquer des intrigues à suspens tout en expliquant de manière limpide ce qui se tramait dans les cabinets noirs sur chaque rive de la Méditerranée.
C'est un roman explosif, haletant, puissant, qui n'hésite pas à prendre parti et asséner que l'horreur terroriste que l'Europe connaît dans les années 2010 ne vient pas de nulle part.

Moi, ce que j'aime, c'est les monstres
34,90
par (Libraire)
23 août 2018

Chef d'oeuvre

Il y a 416 pages dans ce livre. Ca veut dire que 208 fois, vous allez saisir le papier et découvrir ce qu'il y a derrière. Et croyez-moi, 208 fois, ce sont la beauté et la surprise qui vont vous éclater au visage.
On manque de superlatifs pour cette oeuvre magistrale, aussi graphique que littéraire, poignante et drôle, où vous allez forcément vous prendre d'affection pour la petite Karen qui trouve que "être un monstre, c'est bien plus facile qu'être une fille."
Parole de libraire, c'est un roman graphique pour tous ceux qui n'ont jamais essayé de lire un roman graphique. D'ailleurs, c'est bien plus que ça. Pétri de références à l'histoire de l'art, dessiné avec une minutie et une maestria qui force le respect (tout au stylo bille), c'est tout simplement le livre de la rentrée, tous rayons confondus.

La nuit de l'usine

Héloïse d'Ormesson

22,00
par (Libraire)
14 avril 2018

Ocean's eleven dans la pampa

Ca commence par une arnaque. En à peine 24 heures, toutes les économies d'une bande d'amis se volatilisent. Ou plutôt se retrouvent dans les poches de deux beaux escrocs. On est dans une province de Buenos Aires, en 2001, alors qu'une crise économique frappe l'Argentine. Et il ne fait pas bon voler les pauvres. Car voilà nos huit amis ruinés... et très en colère. Menés par une ancienne gloire du foot désormais patron d'une station-service sur le déclin, les "tocards" vont patiemment mûrir leur vengeance et préparer ce qui deviendra dans l'histoire du village "La nuit de l'usine".

Eduardo Sacheri n'écrit pas des livres sur l'Argentine. Il écrit sur les Argentins. Avec tendresse, un sens de la réplique acéré et un humour inimitable, il nous présente des protagonistes qui vont au fil des chapitres devenir nos amis. Chacun a ses blessures, ses sautes d'humeur, ses talents, ses amours, ses passions. D'ailleurs, n'est-ce pas grâce au cinéma et aux livres que Perlassi réussit à concocter son plan ?
Dès les premières pages, on ne peut que s'attacher à cette bande improbable et astucieuse, prête à tout pour faire vivre leur communauté. Puisque c'est de ça dont il est finalement question dans ce roman d'action à deux à l'heure, comme une sorte d'Ocean's Eleven de la pampa. Il est question d'entraide, de solidarité, du désir de laisser à ses enfants au moins autant que ce dont on a bénéficié.
La Nuit de l'usine, c'est un livre de gangsters gentils, et c'est surtout une formidable histoire d'amitié.