Grégoire C.

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A la tête de la belle librairie Obliques depuis 2011.

Par les routes
par (Libraire)
13 août 2019

En travers de son chemin

Variation subtile sur le thème de l'engagement dans le couple, dans la vie, ce nouveau roman de Sylvain Prudhomme possède la même force narrative que les autres, une langue magnifique, des fulgurances au milieu du quotidien le plus banal.
On met du temps à aimer ce personnage ambigu de l'auto-stoppeur, qu'il est facile de détester cordialement les 100 premières pages, jusqu'à comprendre que sa fuite, ou son aventure, selon le point de vue, c'est notre fuite et nos aventures à tous, nous qui dans l'intimité de nos corps, de nos pensées, sommes aussi souvent "par les routes".

LES EAUX DE JOANA
20,00
par (Libraire)
13 août 2019

Dans la douleur

Brutal et surréaliste, ce nouveau roman du Portugais Valério Romão (que vous connaissez peut-être pour "Autisme") arrive à point alors qu'en France on parle de plus en plus des violence obstétricales. Récit terrifiant et décalé d'une nuit dans une salle de travail d'un hôpital de Lisbonne, ce sont 200 pages qui se lisent en apnée, où le lecteur est pris en tenaille entre la folie obsessionnelle de l'héroïne et la morgue administrative des équipes médicales qu'elle rencontre. Et pour ceux qui connaissent l'écriture de Romao, vous savez que cet auteur est capable de vous faire rire, de vous transporter, même en racontant les pires horreurs. Vraiment impressionnant.

LANNY

Le Seuil

20,00
par (Libraire)
13 août 2019

Toutes les voix du monde

Quand vous ferez la connaissance de Lanny, vous serez comme tout le monde : émerveillé, épaté, charmé, attendri. Lanny, c'est un gamin qui est capable de sortir des phrases comme "Je suis un million d'appareils photo, même quand je dors je fais clic et clac, à chaque seconde quelque chose pousse et change. Nous sommes des petits trains arrogants dans un grand dessin magnifique."

Voilà, Lanny c'est lui, l'enfant qu'on a été, ou qu'on aurait voulu être, cette magie qu'on a perdue. C'est aussi le cri de désespoir des adultes, conscients de leurs médiocrités, aussi prompts à aduler qu'à sacrifier.

Après le déjà très singulier "La douleur porte un costume de plumes", Max Porter revient avec un livre tout aussi puissant, un chant mélancolique, un conte cruel qui se déploie dans un roman choral où tous les protagonistes se disputent la proximité de ce petit garçon inventif et génial, tous, y compris des inquiétants esprits d'un folklore oublié. C'est étonnant et subtil et Max Porter impressionne à nouveau.

Sale gosse

L'Iconoclaste

18,00
par (Libraire)
12 août 2019

Choisir sa famille

Difficile de parler de ce livre sans parler de sa conception et de son auteur, Mathieu Palain, journaliste sorti de six mois d'immersion dans une antenne de la PJJ avec des témoignages, des histoires, des visages. Ce roman - car c'est bien un roman - en est plein : éducateurs, juges, animateurs et bien sûr enfants, tous ces "sales" gosses, gamins agressés ou agresseurs au destin empêché et dont Wilfried, pièce centrale du livre, est l'exemple le plus ambigu et le plus troublant.

On va suivre son parcours cahoteux, depuis sa naissance au mauvais endroit jusqu'à sa prise de conscience, à l'aube de l'âge adulte.
Ici, la crédibilité du personnage vient du fait que l'auteur ne porte jamais sur lui de regard angélique. Oui, c'est un enfant abandonné par une mère toxicomane mais non, cela ne justifie pas qu'il fracasse la mâchoire d'un adversaire sur un terrain de football.

L'apprentissage de la responsabilité, c'est la clé de ce roman-vrai, son point de bascule qui en fait autre chose qu'une énième histoire d'enfant défavorisé. Avec ou sans circonstances atténuantes, que faire de ces enfants ? Chaque personnage y répond comme il peut, l'administration et la société aussi, sans qu'il soit jamais vraiment possible de décréter ce qui serait mieux ou pire.

Sans jugement, avec seulement les voix - parfois au vocabulaire fleuri - de tous ces protagonistes humains, Sale gosse braque un projecteur sur une zone de la société qu'on préfère souvent ne pas voir. En cela, c'est un livre important et salutaire.

Zébu boy

Monsieur Toussaint Louverture

19,90
par (Libraire)
9 août 2019

Pour mémoire

Avec un événement méconnu de l'après-guerre, insurrection malgache de 1947, Aurélie Champagne construit un thriller haletant qui est à la fois une fresque historique passionnante et un livre à suspens plein d'action et de terreur.

Zébu boy, c'est Ambila, un jeune homme qui tient son surnom de sa capacité à tenir tête aux zébus dans la corrida malgache. Mais la guerre éclate, et comme beaucoup de jeunes gens des colonies, Ambila doit servir la France en Europe. Quatre ans plus tard, heureux de revenir en vie, qu'est-ce que ce sacrifice lui aura apporté ? Des honneurs ? Une prime ? Rien de tout ça. Que le mépris du colon et le souvenirs des horreurs d'un conflit inhumain. Alors il faut prendre son destin en main, d'autant que la révolte gronde et que le pays menace d'éclater.

Comment ne pas être attendri par Ambila, l'un de ces personnages de roman si finement brossé que le lecteur ne peut que le comprendre, malgré ses coups tordus et sa morale bancale ? Aurélie Champagne réussit ce prodige, et donne un rythme fou à son livre en variant les ambiances et les styles. On est dans un livre de guerre, mais aussi dans un huis-clos routier. On est dans le froid de l'hiver français et dans la moiteur de Madagascar. On est dans un polar et dans un drame psychologique. Zébu boy est un premier roman impressionnant et important, chargé de toute la force de l'Histoire, de cette révolte matée dans le sang dont on ne sait toujours pas combien elle a fait de morts. Pire, cette révolte qu'on n'apprend nulle part et que ce livre aide de la plus belle des manières à sortir de l'oubli.