Grégoire C.

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A la tête de la belle librairie Obliques depuis 2011.

Taqawan

Le Livre de Poche

7,40
par (Libraire)
16 août 2019

Saumon royal

Le 11 juin 1981, la police québécoise lance une opération de grande envergure pour empêcher la pêche au saumon dans la rivière Ristigouche, au cœur de la Gaspésie. C'est là que depuis des millénaires, des Indiens Mig'Maq pêchent leur repas pour nourrir leurs familles. Tout ça se terminera mal... très mal.

A partir de ce fait divers, Eric Plamondon nous raconte une histoire passionnante et terrible, un roman noir qui met en lumière le destin des peuples amérindiens du Canada. "Ici, nous dit l'auteur, on a tous du sang
indien. Et quand ce n'est pas dans les veines, c'est sur les mains."
Dans le style dynamique qu’on lui connaît depuis la brillante trilogie 1984 (Hongrie Hollywood Express, Mayonnaise, Pomme S, tous trois aux éditions Phébus), alternant fiction et interludes encyclopédiques, Plamondon plonge aux racines de l’événement pour mettre le Québec face à sa plus cuisante contradiction : comment peut-on revendiquer une singularité culturelle et linguistique pour le Québec tout en la refusant aux peuples autochtones ? Pas de réponse ici bien sûr mais ce simple constat, parfaitement documenté, distillé à hauteur d’homme, sans jugement.

Car Taqawan n’est pas une thèse, c’est d’abord un roman, plein de suspens et d’émotions, avec une histoire puissante et des personnages affirmés qui trimbalent chacun un passé complexe : on n’atterrit pas
en Gaspésie par hasard, et si on y reste, c’est qu’on a une bonne raison. Ici, l’alchimie entre le romanesque et le documentaire fonctionne à plein ; pendant la lecture, on passe avec la même tension narrative d’une course poursuite en canot à la recette de la soupe aux huîtres et on ne s’étonne pas, une fois le livre fermé, d’en savoir autant sur la vie des personnages que sur la fraie du saumon.

C’est à un grand numéro de jonglerie littéraire que nous convie à nouveau Eric Plamondon, en même temps qu’il assène cette vérité criante mais rarement énoncée dans les lettres québécoises : la question indienne est encore loin d'être réglée en Amérique du Nord.

Agathe
18,00
par (Libraire)
16 août 2019

Sur le divan

Premier roman très maîtrisé où un psychiatre à quelques semaines de la retraite voit son horizon bouleversé par l'arrivée d'une dernière cliente, Agathe donc, dont le charme diaphane emporte tout sur son passage.
Fin, précis, au plus près des sentiments des deux protagonistes. Une réussite.

Par les routes
par (Libraire)
13 août 2019

En travers de son chemin

Variation subtile sur le thème de l'engagement dans le couple, dans la vie, ce nouveau roman de Sylvain Prudhomme possède la même force narrative que les autres, une langue magnifique, des fulgurances au milieu du quotidien le plus banal.
On met du temps à aimer ce personnage ambigu de l'auto-stoppeur, qu'il est facile de détester cordialement les 100 premières pages, jusqu'à comprendre que sa fuite, ou son aventure, selon le point de vue, c'est notre fuite et nos aventures à tous, nous qui dans l'intimité de nos corps, de nos pensées, sommes aussi souvent "par les routes".

LES EAUX DE JOANA
20,00
par (Libraire)
13 août 2019

Dans la douleur

Brutal et surréaliste, ce nouveau roman du Portugais Valério Romão (que vous connaissez peut-être pour "Autisme") arrive à point alors qu'en France on parle de plus en plus des violence obstétricales. Récit terrifiant et décalé d'une nuit dans une salle de travail d'un hôpital de Lisbonne, ce sont 200 pages qui se lisent en apnée, où le lecteur est pris en tenaille entre la folie obsessionnelle de l'héroïne et la morgue administrative des équipes médicales qu'elle rencontre. Et pour ceux qui connaissent l'écriture de Romao, vous savez que cet auteur est capable de vous faire rire, de vous transporter, même en racontant les pires horreurs. Vraiment impressionnant.

LANNY

Le Seuil

20,00
par (Libraire)
13 août 2019

Toutes les voix du monde

Quand vous ferez la connaissance de Lanny, vous serez comme tout le monde : émerveillé, épaté, charmé, attendri. Lanny, c'est un gamin qui est capable de sortir des phrases comme "Je suis un million d'appareils photo, même quand je dors je fais clic et clac, à chaque seconde quelque chose pousse et change. Nous sommes des petits trains arrogants dans un grand dessin magnifique."

Voilà, Lanny c'est lui, l'enfant qu'on a été, ou qu'on aurait voulu être, cette magie qu'on a perdue. C'est aussi le cri de désespoir des adultes, conscients de leurs médiocrités, aussi prompts à aduler qu'à sacrifier.

Après le déjà très singulier "La douleur porte un costume de plumes", Max Porter revient avec un livre tout aussi puissant, un chant mélancolique, un conte cruel qui se déploie dans un roman choral où tous les protagonistes se disputent la proximité de ce petit garçon inventif et génial, tous, y compris des inquiétants esprits d'un folklore oublié. C'est étonnant et subtil et Max Porter impressionne à nouveau.