Grégoire C.

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A la tête de la belle librairie Obliques depuis 2011.

La Fracture
23,90
par (Libraire)
26 août 2019

Où étais-tu passé ?

C'est un livre qui va vous aimanter dès la première page, vous balloter au gré de ses passionnants retournements, vous emmener chaque fois là où vous ne pensiez pas aller. Ça aurait pu être un thriller ou un livre fantastique, mais quand vous l'aurez refermé, vous réaliserez que c'était aussi un grand drame psychologique, la bouleversante histoire d'une sœur qui se débat avec sa mémoire, d'un père dévoré par l'amour, de personnages aux vies fracturées.

C'est un grand livre sur la trajectoire que prend notre vie et la force qu'il faut pour l'infléchir, un livre sur la confiance aussi, sur ce qu'il faut d'aveuglement et de renoncement pour faire en sorte d'être heureux avec les autres.
Plein de suspens et de beauté, de moments de contemplation et de stupéfiantes accélérations, la Fracture est un cauchemar de libraire : il ne se range dans aucun rayon, ou bien dans quatre ou cinq à la fois. Pour notre part, on se contentera de le mettre bien en évidence sur la table des livres qu'on adore. Tout simplement.

De pierre et d'os
par (Libraire)
24 août 2019

Sous la glace

C'est de la magie qui sort de ce livre.
Le monde que vous connaissiez, il va falloir le repenser. Imaginer que des géants dorment sous la terre, que des esprits susceptibles flottent autour de nous et n'aiment pas qu'on les dérange, que la glace peut céder, d'un moment à l'autre, et nous séparer de ceux qu'on aime, que le plus grand des dangers, enfin, ne vient peut-être pas de tout ça, de l'environnement violent et des dieux invisibles, mais des êtres humains eux-mêmes, plus animaux que les animaux, et dont il faudra aussi se méfier.

Dans ce paysage blanc, on suit avec admiration et terreur le parcours acharné d'Uqsuralik, cette héroïne Inuit aux prises avec un destin revêche et une nature hostile.
Le plus beau ici, c'est sans conteste la manière avec laquelle Bérengère Cournut modifie notre référentiel pour nous faire accepter, comme les personnages animistes du livre, que tout a un sens, loin de la science et des appareils, qu'il y a bien des sortilèges dans des statuettes, que les animaux sont les instruments de quelque chose de plus grand, et que tout ça s'imbrique parfaitement dans l'ordre du monde.
"De pierre et d'os" vous transporte, vous bouleverse, et construit une oeuvre qu'il est impossible de limiter à un banal "roman ethnologique".

OUVRIR SON COEUR
19,00
par (Libraire)
24 août 2019

Dans le détail

C'est l'une des merveilles de cette rentrée, le récit sensible et acéré d'une enfance, d'une adolescence en marge, la parole intime d'une jeune fille qui cherche sa place dans le monde, qui cherche à comprendre comment elle voit le monde et comment le monde la voit.

En courts chapitres tissés de confessions et de doutes, Alexie Morin dépeint les années décisives de son existence, l'école, les boulots d'été, les blessures qui ont fait d'elle ce qu'elle est aujourd'hui. "Ouvrir son cœur" parle de cette difficulté à écrire sur sa propre vie, et évidemment, en filigrane, de la difficulté à dire notre propre vie, à nous la représenter entièrement, en dépit de notre mémoire morcelée en milliers d'épisodes parfois insignifiants.
Livre d'un personnage, c'est aussi le livre d'une époque, les années 90, fourmillant de détails, comme si l'autrice avait eu à cœur de récupérer tout au fond d'elle, de peur qu'ils ne disparaissent, le moindre vêtement, le moindre appareil, la moindre sensation d'autrefois, comme s'il fallait aussi brosser le tableau le plus complet possible afin qu'il se rapproche de la vérité, ajouter des ombres, redessiner les courbes des jours, de la même manière que la jeune Alexie travaille ses dessins sur les bancs de l'école.
"Ouvrir son cœur", finement, subtilement, raconte tout cela et bien plus : l'amitié d'abord, ce fil fragile et invisible qui unit les enfants et peut se rompre à tout moment ; la colère aussi, qui saisit la narratrice quand l'injustice lui pèse trop ; l'art enfin, les livres, le dessin, la musique, le panthéon adolescent dont on ne mesure pas à quel point il nous construit.
C'est un récit vrai, un concentré de vie distillé par une voix d'une grande justesse, un roman à côté duquel vous ne devez pas passer.

Taqawan

Le Livre de Poche

7,40
par (Libraire)
16 août 2019

Saumon royal

Le 11 juin 1981, la police québécoise lance une opération de grande envergure pour empêcher la pêche au saumon dans la rivière Ristigouche, au cœur de la Gaspésie. C'est là que depuis des millénaires, des Indiens Mig'Maq pêchent leur repas pour nourrir leurs familles. Tout ça se terminera mal... très mal.

A partir de ce fait divers, Eric Plamondon nous raconte une histoire passionnante et terrible, un roman noir qui met en lumière le destin des peuples amérindiens du Canada. "Ici, nous dit l'auteur, on a tous du sang
indien. Et quand ce n'est pas dans les veines, c'est sur les mains."
Dans le style dynamique qu’on lui connaît depuis la brillante trilogie 1984 (Hongrie Hollywood Express, Mayonnaise, Pomme S, tous trois aux éditions Phébus), alternant fiction et interludes encyclopédiques, Plamondon plonge aux racines de l’événement pour mettre le Québec face à sa plus cuisante contradiction : comment peut-on revendiquer une singularité culturelle et linguistique pour le Québec tout en la refusant aux peuples autochtones ? Pas de réponse ici bien sûr mais ce simple constat, parfaitement documenté, distillé à hauteur d’homme, sans jugement.

Car Taqawan n’est pas une thèse, c’est d’abord un roman, plein de suspens et d’émotions, avec une histoire puissante et des personnages affirmés qui trimbalent chacun un passé complexe : on n’atterrit pas
en Gaspésie par hasard, et si on y reste, c’est qu’on a une bonne raison. Ici, l’alchimie entre le romanesque et le documentaire fonctionne à plein ; pendant la lecture, on passe avec la même tension narrative d’une course poursuite en canot à la recette de la soupe aux huîtres et on ne s’étonne pas, une fois le livre fermé, d’en savoir autant sur la vie des personnages que sur la fraie du saumon.

C’est à un grand numéro de jonglerie littéraire que nous convie à nouveau Eric Plamondon, en même temps qu’il assène cette vérité criante mais rarement énoncée dans les lettres québécoises : la question indienne est encore loin d'être réglée en Amérique du Nord.

Agathe
18,00
par (Libraire)
16 août 2019

Sur le divan

Premier roman très maîtrisé où un psychiatre à quelques semaines de la retraite voit son horizon bouleversé par l'arrivée d'une dernière cliente, Agathe donc, dont le charme diaphane emporte tout sur son passage.
Fin, précis, au plus près des sentiments des deux protagonistes. Une réussite.