Grégoire C.

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A la tête de la belle librairie Obliques depuis 2011.

TENEBRE

La Peuplade

19,00
par (Libraire)
24 janvier 2020

Au coeur de la chair

En 1889, Pierre Claes, géomètre bruxellois, est envoyé par le roi Leopold II pour tracer la frontière du Congo. Son expédition l'emmènera bien au-delà des limites de la raison...
Entre un Chinois maître-tatoueur, un père désespéré, un singe doté d'émotion, Verlaine, Baudelaire, et une foule de colons détestables, Ténèbre navigue et impressionne par son réalisme foisonnant.
A l'image de ses personnages, c'est un livre charnel, désespéré, exalté, qui suinte d'humeurs et de transpiration. C'est le tableau grouillant d'un XIXe siècle malade, halluciné, en état d'ébriété, de délire mystique et poétique permanent. Hommage décalé au Coeur des ténèbres de Joseph Conrad, le pastiche trouve sa propre force dans une galerie de portraits splendides et misérables, dans l'évocation de tous ces pauvres êtres meurtris par l'amour et qui courent à leur perte avec panache. Un petit chef d'oeuvre.

Intégrale, Démon

Intégrale

Cambourakis

par (Libraire)
22 décembre 2019

Vertige démoniaque

La vie de Jimmy Yee est pourrie, ratée, inutile, alors il faut en finir. Il prend une chambre dans un hôtel, rédige un mot d'adieu et se pend.
Mais paf ! Au lieu de débarquer en enfer ou ailleurs, Jimmy se réveille dans la même chambre d'hôtel, bien vivant. Qu'à cela ne tienne, il se fait couler un bain et s’ouvre les veines. Paf ! Réveil au même endroit, intact.

Voilà comment débute Démon, la BD la plus délirante et vertigineuse depuis des années, chef d’œuvre de l’auteur américain Jason Shiga, habitué des scénarios aussi géniaux qu’alambiqués (Vanille ou chocolat ? ou Fleep, tous deux aux éditions Cambourakis).
Si on en parle aujourd’hui, c’est parce qu’après quatre tomes publiés entre 2016 et 2018, cette saga monstrueuse bénéficie désormais de son édition en un seul volume, soit une brique, plus de 750 pages d'aventures, de prises de tête métaphysiques, d'humour, de gore, mixés dans une trame narrative aussi addictive que maligne.
Au départ web-série, lancée sur internet afin de ne pas être soumise à la moindre contrainte éditoriale, la saga Démon s’est ramifiée, a pris une ampleur folle jusqu’à devenir ce monstre incomparable où les scènes d’action et les fusillades n’empêchent en rien une réflexion profonde sur le sens de la vie, et surtout de la mort.
Le décalage entre le trait naïf, les personnages aux allures de héros pour enfants et la débauche de sang et de violence qui fait rage dans l’histoire est l’une des originalités et des forces de la série. Le contraste entre le minimalisme de certaines cases et la profusion de détails de quelques autres fait aussi partie des grandes réussites de la saga qui sait doser la virtuosité graphique aussi bien que les coups de théâtre narratifs.
Le pauvre Jimmy Yee comprendra-t-il pourquoi il ne parvient pas à mourir ? Au bout de ce voyage démentiel, vous verrez que parfois, la mort n’est pas la solution la plus simple.

Et quelquefois j'ai comme une grande idée

Monsieur Toussaint Louverture

14,50
par (Libraire)
20 décembre 2019

Livre-monstre

C’est un double événement que ce livre, à la fois parce qu’il inaugure la collection des Grands animaux aux éditions Monsieur Toussaint Louverture (beaux livres, grands textes, petits formats, petits prix, pour aller vite), et aussi parce qu’il permet à un plus grand public encore de découvrir un chef d’œuvre resté caché du monde francophone depuis plus de 50 ans. Car un chef d’œuvre, voilà bien ce qu’est ce deuxième roman de Ken Kesey, écrit peu de temps après son célèbre Vol au dessus d’un nid de coucou.

Dans le vacarme du bar du coin, avec un verre de trop dans le nez, grimpé sur un tronc géant les mains pétrifiées par le froid ou fumant son clope mouillé par la pluie qui ne cesse jamais, chaque habitant de Wakonda, Oregon, y voit son destin lié aux sombres remous qui agitent la famille Stamper. Soutenue, la tension est extrême et porte le lecteur avec une égale fébrilité dans tous les épisodes magistraux de l’histoire : les titanesques travaux de bûcheron, la stupéfiante partie de chasse nocturne, les histoires croisées de tous ces seconds rôles attachants et plus vrais que nature.

Sur la forme, le procédé utilisé est virtuose, avec ses narrateurs flottant au-dessus de l’intrigue, à la fois œil d’aigle, neutre et bienveillant, mais aussi confidents intimes, au plus près des hommes, de leurs plus profondes pensées, aux premières loges de leurs déchirures et de leurs doutes.

Grâce à cette technique parfaitement maîtrisée, et à une capacité unique à décrire dans ses moindres détails chaque paysage, chaque son, chaque sensation qu’on traverse dans ces humides forêts, Kesey fait passer ces 800 pages comme s’il n’y en avait que 100, le lecteur embarqué tout naturellement vers la fin du jour et l’inévitable dénouement qui sied à tout récit épique.

Et quelquefois... c’est ce roman-là, une tragédie antique dans l’Amérique des années soixante et Shakespeare noyé dans les brumes de l’Oregon. Incontournable, inoubliable.

Et quelquefois j'ai comme une grande idée

Monsieur Toussaint Louverture

par (Libraire)
20 décembre 2019

Livre-monstre

C’est un double événement que ce livre, à la fois parce qu’il inaugure la collection des Grands animaux aux éditions Monsieur Toussaint Louverture (beaux livres, grands textes, petits formats, petits prix, pour aller vite), et aussi parce qu’il permet à un plus grand public encore de découvrir un chef d’œuvre resté caché du monde francophone depuis plus de 50 ans. Car un chef d’œuvre, voilà bien ce qu’est ce deuxième roman de Ken Kesey, écrit peu de temps après son célèbre Vol au dessus d’un nid de coucou.

Dans le vacarme du bar du coin, avec un verre de trop dans le nez, grimpé sur un tronc géant les mains pétrifiées par le froid ou fumant son clope mouillé par la pluie qui ne cesse jamais, chaque habitant de Wakonda, Oregon, y voit son destin lié aux sombres remous qui agitent la famille Stamper. Soutenue, la tension est extrême et porte le lecteur avec une égale fébrilité dans tous les épisodes magistraux de l’histoire : les titanesques travaux de bûcheron, la stupéfiante partie de chasse nocturne, les histoires croisées de tous ces seconds rôles attachants et plus vrais que nature.

Sur la forme, le procédé utilisé est virtuose, avec ses narrateurs flottant au-dessus de l’intrigue, à la fois œil d’aigle, neutre et bienveillant, mais aussi confidents intimes, au plus près des hommes, de leurs plus profondes pensées, aux premières loges de leurs déchirures et de leurs doutes.

Grâce à cette technique parfaitement maîtrisée, et à une capacité unique à décrire dans ses moindres détails chaque paysage, chaque son, chaque sensation qu’on traverse dans ces humides forêts, Kesey fait passer ces 800 pages comme s’il n’y en avait que 100, le lecteur embarqué tout naturellement vers la fin du jour et l’inévitable dénouement qui sied à tout récit épique.

Et quelquefois... c’est ce roman-là, une tragédie antique dans l’Amérique des années soixante et Shakespeare noyé dans les brumes de l’Oregon. Incontournable, inoubliable.

Karoo

Monsieur Toussaint Louverture

13,50
par (Libraire)
20 décembre 2019

Chef d'oeuvre éthylique

Sur l’échelle des anti-héros, Saul Karoo a loupé; un échelon et s’est fracassé trois étages plus bas. Ce livre raconte cette inévitable chute, la tragique machine infernale qui se met en route pour emporter dans sa gueule un homme dont la sympathie, l’humour et les traits d’esprit ne peuvent rien contre la catastrophe totale.

Préparez-vous au voyage, et attachez vos ceintures, car 'Karoo' est d’autant plus cinglant qu’il débute sur une centaine de pages désopilantes, premier acte d’une pièce dont on ignore encore qu’elle est une tragédie. Et puis les choses se gâtent, à force de lâcheté, d’un nihilisme larvé et d’incalculables litres d’alcool que notre sous-héros ingurgite du matin au soir, persuadé qu’il n’en ressent plus les effets mais qu’il les mime pour rassurer tous ceux qui le pensent saoul.

Et pourtant, malgré ses erreurs de jugement, son indécrottable peur d’affronter les problèmes et son agaçante obstination à faire tout le contraire de ce qu’il faudrait, on ne peut s’empêcher d’éprouver de la compassion pour Karoo, éternel vieux pote dont les bourdes nous confortent dans l’idée que nous, au moins, nous sommes des gens biens.

Karoo sert à ça, il le sait et en joue, fusible morveux de l’Amérique des apparences, morpion indispensable qu’on peut invectiver, maudire et railler, à qui aussi on peut passer notre temps à donner des leçons, sans jamais voir que finalement, c’est bien lui le Doc, lui qui nous fait nous sentir mieux, sans rien dire, et qui en se pissant dessus ne fait que pointer de son doigt jaune de nicotine l’absurdité de nos existences lisses.