Grégoire C.

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Conseillé par (Libraire)
21 septembre 2022

Dès les premières pages, Jurica Pavičić tue le suspense et révèle le destin sa protagoniste : Bruna est en prison. Elle y purge une longue peine pour le meurtre de sa belle-mère. Avec ce procédé, l’auteur croate avertit ses lecteurs que le sujet du livre sera ailleurs, et que toute la question sera plutôt de savoir ce qui s’est passé, dans l’intimité de leur relation, pour en arriver à cette extrémité.

On connaît Pavičić depuis le multi-primé l’Eau rouge, ténébreuse énigme qui prenait comme décor la dislocation sanglante de la Yougoslavie au début des années quatre-vingt-dix. Quand commence la femme du deuxième étage, en 2006, la Croatie est une nation indépendante, mais la précarité économique demeure. Frane, qui vient d’épouser Bruna, travaille dans la marine marchande, où il est forcé d’enchaîner des contrats qui l’emmènent au bout du monde pour de longs mois. Pour des raisons financières aussi bien que culturelles, le jeune couple s’est installé au deuxième étage de la maison familiale, ce qui impose à Bruna une proximité quotidienne avec sa belle-mère, sans son mari, en un huis-clos bien plus mental que physique. Le récit nous décrit la chronologie du drame, depuis le début, ce jour où Bruna a rencontré Frane, où tout aurait pu être différent.

Avec ce roman, Pavičić brosse un magnifique portrait de femme, emportée par la pesanteur du destin, des traditions familiales, de l’amour, et qui voit sa vie lui échapper, jour après jour.
Malgré la fin connue d’avance, le suspens s’installe, les pièces du puzzle s’assemblent, et on n’a d’autre choix que de se prendre d’affection pour cette jeune mariée paradoxalement seule, mais aussi pour tous les autres personnages de cette tragédie domestique, pleine de finesse et de subtilité. Ce n’était pas un polar, l’assassin était connu depuis la première page, et pourtant, en refermant le livre, on peut continuer à se poser la question : qui a vraiment tué la belle-mère de Bruna ?