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Madame de Staël - Duetto
Éditeur
Nouvelles Lectures
Date de publication
Nombre de pages
20
Langue
français
Fiches UNIMARC
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Madame de Staël - Duetto

Nouvelles Lectures

Offres

  • AideEAN13 : 9782374240374
    • Fichier EPUB, libre d'utilisation
    1.99
Extrait

Souvent, à l'école, je m'ennuyais. Toutefois, et ce n'est pas contradictoire, j'ai toujours aimé lire. Le problème, c'était que je ne pouvais concevoir qu'on m'imposât des lectures. Pour moi, cela s'apparentait à un acte quasi dictatorial. Forcer quelqu'un à ouvrir tel ou tel livre, ça n'a pas de sens. Lorsque je lus un jour, sous la plume de Madame de Staël, « le bon goût en littérature, est, à quelques égards, comme l'ordre sous le despotisme, il importe d'examiner à quel prix on l'achète », je sus qu'elle aurait été d'accord avec moi. Lire, c'est beaucoup trop intime ; un instant de partage entre soi et l'auteur et même le papier. Ne pas respecter ce fondement, et la lecture perd tout son sens. Il était alors de bon ton de lire tel ou tel livre. Je ne comprenais pas ce privilège accordé ; et ne le comprends toujours pas.
Je ne vais pas mentir : je n'ai pas lu ne serait-ce qu'un dixième des livres imposés aux programmes de français et de lettres entre ma sixième et ma terminale. Du moins, au moment où j'étais censé le faire. Je suis bien conscient de ne pas être un exemple mais je m'en suis toujours plus ou moins bien tiré par des lectures en diagonale. Pourtant, je connaissais Stefan Zweig, Maurice Druon et plein d'autres encore. Je n'avais donc pas peur des grands noms, ni de la taille de leurs ouvrages. Mais c'est qu'à choisir, alors que ma classe de première littéraire était contrainte et forcée de se farcir les indigestes et fallacieuses Confessions de Jean-Jacques Rousseau pour le bac de français, je préférais dévorer Le Monde d'hier ou La Volupté d'être qui m'arrachaient des larmes, ou encore noter scrupuleusement des citations issues de ce manifeste de l'esprit qu'est De la littérature de cette si chère Germaine de Staël. J'ai toujours ce carnet beige en papier recyclé ; je reste ému aujourd'hui en parcourant les quelques mots retenus çà et là : « La pensée n'a plus alors la force de nous soutenir ; il faut retomber sur la vie. » Madame de Staël a rarement tort quand le promeneur solitaire ment toutes les trois phrases et que son ego bandé à bloc agresse le lecteur dès l'incipit : « Je forme une entreprise qui n'eut jamais d'exemple et dont l'exécution n'aura point d'imitateur. Je veux montrer à mes semblables un homme dans toute la vérité de la nature ; et cet homme ce sera moi. » À même pas dix-sept ans, je ne pouvais ingurgiter ce flot d'arrogance et me suis donc contenté de lire les passages étudiés en classe. Pourtant, Madame de Staël admirait Rousseau et lui a consacré de brillantes pages dans plusieurs de ses livres dont ses fameuses Lettres sur les ouvrages et le caractère de J.-J. Rousseau publié en 1788 (elle n'avait que vingt-deux ans). Mais la sincérité qui vibre derrière chaque mot de la première manque cruellement au second. Sans doute ses fameuses Confessions ne sont-elles pas la meilleure de ses œuvres pour apprécier le grand écrivain... Cela dit, plus tard, et avec une simple phrase, la jeune Madame de Staël nous a réconciliés : « Il voulait ramener les hommes à une sorte d'état, dont l'âge d'or de la fable donne seul l'idée, également éloigné des inconvénients de la barbarie et de ceux de la civilisation. » Ce ne sont pas là de très grandes paroles mais elles ont eu le mérite de modérer mon dédain d'adolescent envers Rousseau ; je comprenais que le penseur suisse n'avait pas de mauvaises intentions.
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