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Molière - Duetto
Éditeur
Nouvelles Lectures
Date de publication
Nombre de pages
20
Langue
français
Fiches UNIMARC
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Molière - Duetto

Nouvelles Lectures

Offres

  • AideEAN13 : 9782374240381
    • Fichier EPUB, libre d'utilisation
    1.99
Extrait

Molière ? C'est personnel, c'est forcément très personnel. J'ai neuf ans et maman me laisse prendre le métro seul depuis deux ans, sur une seule ligne. Aujourd'hui, je vais vivre mon premier changement à Concorde. Je me sens grand, indépendant. Je descends à Richelieu Drouot pour une course très importante. Je vais rue de Marivaux à la Librairie théâtrale. C'est une boutique pour grands avec des livres partout et le portrait d'un écrivain en perruque, qui tient une plume et a le regard doux, un petit sourire sous une fine moustache.
La libraire, cheveux blancs, porte un châle violet et des lunettes. Elle m'appelle « mon garçon » et me demande ce que je veux. Je cherche une pièce pour mes marionnettes. Elle me montre des fascicules compliqués. Je voudrais quelque chose de drôle pour pas beaucoup de marionnettes, un grand vizir et une jeune fille : je n'ai que deux bras. Vous avez quelque chose pour un grand Vizir et une jeune fille ? Elle me demande en quelle classe je suis. J'entrerai en sixième en septembre. Elle me montre une scène : un homme habillé pour faire l'important et sa bonne qui éclate de rire en le voyant et qui ne peut s'arrêter de rire. Le texte est facile, c'est marqué « Hi hi hi hi hi ». Et le monsieur la gronde. D'accord, j'achète. La libraire me montre l'écrivain avec sa plume. C'est lui, l'auteur. Je lis : Molière. C'est son nom ? Il n'a pas de prénom ? Dans le métro, j'ouvre le livre : Le Bourgeois gentilhomme.
Au mois de septembre suivant, en classe de sixième, le professeur, Mademoiselle Bonato, nous demande de lire Le Médecin malgré lui et d'apprendre la première scène ; une scène de ménage entre Sganarelle et Martine. Me voilà Sganarelle sur l'estrade de la sixième 2, à hurler « Peste de la carogne ! » On s'amuse, on étire la scène pour éviter la dictée qui termine nos heures de français.
J'ai onze ans. C'est l'année du tricentenaire de la mort de Molière et la Comédie-Française est installée sous un chapiteau aux Tuileries. Mes parents m'y emmènent voir Le Malade imaginaire avec Jacques Charon et Françoise Seigner ainsi que Le Bourgeois gentilhomme dont je connais des passages par cœur. Le fou rire de Nicole me renvoie à mes marionnettes. Je ne sais plus où je les ai rangées. Mais je comprends qu'il vaut mieux être valet comme Covielle que patron comme Jourdain, si l'on veut tout arranger.
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