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La règle du jeu nº17
EAN13
9782908656169
ISBN
978-2-908656-16-9
Éditeur
Grasset
Date de publication
Collection
Revue La Règle du Jeu
Nombre de pages
252
Dimensions
22 x 15 cm
Poids
297 g
Langue
français
Fiches UNIMARC
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La règle du jeu nº17

Grasset

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L'ÉPOQUE ?>GUYKONOPNICKILe parti desvoyous¦ Au lendemain des municipales, presque tous les commentaires justifiaient le succès du Front National et l'élection de maires fascistes. Au fond, la plus grande victoire de l'extrême droite, c'est d'avoir été légitimée : il y a des problèmes dans les banlieues, répétait-on à longueur d'antennes, puisqu'il y a des problèmes on vote donc Front National ! L'idée la mieux partagée de France, c'est que le national-populisme constitue la mauvaise réponse à une bonne question, celle des « banlieues ». Toulon, Orange et les campagnes alsaciennes ne sont pas, à proprement parler, des banlieues ! Cependant l'on continue à nous vendre une équation terrifiante : la banlieue est en crise, le Front National répond à la crise. Mieux : on nous dit désormais que pour faire descendre la marée brune, il faut résoudre « le problème des banlieues » ou même celui de « l'immigration ». Comme si l'on avait attendu la fin de l'exploitation des ouvriers pour combattre le stalinisme ?
N'est-ce pas la même chose ? Les ouvriers sont exploités, il faut bien qu'ils soient staliniens, les bons Français vivent une insupportable promiscuité dans les HLM, il est normal qu'ils soient xénophobes !
C'est inacceptable. En vérité ce joli raisonnement sociologique masque les trois lâchetés qui fondent les succès du Front National. La première lâcheté est structurelle du discours politique. De droite à gauche, il y a un consensus, un programme commun de la classe politique et ce programme est le chauvinisme. Le coq gaulois dressé sur ses ergots cache sa destinée européenne, il masque l'inéluctable mondialisation. Il n'ose pas dire que l'immigration n'est qu'une manifestation microscopique de la crise mondiale et qu'un État moderne est aujourd'hui incapable de transcrire, sur le plan social, les critères nationaux qui fondent sa légitimité.
La seconde lâcheté est politique. Elle est faite de compromissions honteuses. Celles de la droite, toujours prête à accueillir le retour des brebis égarées, comme Jacques Peyrat, miraculeusement devenu « divers droite » et, pourquoi pas UDF. On tend une main charitable à ce bon Monsieur Le Chevalier, on cherche à le notabiliser. Il est maire de Toulon, il peut donc rejoindre la sainte famille ! À ces compromissions de droite répondent les compromissions de gauche. Dans les grandes villes, quarante-sept maires socialistes et communistes doivent leur élection au maintien du Front National. Il y a toujours, à gauche, des gens qui espèrent profiter longtemps de cette bonne fortune. À Toulon la gauche entendait gagner la triangulaire. Elle a pris le risque et elle a perdu. Pis : elle a centré sa campagne du premier tour sur les affaires. Il y avait un ripoux à droite, donc, toute la droite devait être amalgamée à Maurice Arreckx... Comme si toute la gauche devait être assimilée à Jean-Michel Boucheron et à quelques autres. Était-il vraiment impossible que les partis républicains forment une alliance pour assainir ensemble la gestion de la ville de Toulon, écarter la corruption et combattre le Front National ? Les calculs politiques et le sectarisme ont livré Toulon et c'est inacceptable. Un autre choix était possible : le socialiste Jean-Marie Bockel et l'UDF Joseph Kliffa, adversaires de toujours, l'ont montré en défendant ensemble Mulhouse.
La troisième lâcheté, c'est celle de la presse. Elle a traqué la corruption au PS, à l'UDF et au RPR. Bravo ! Cependant, pour l'essentiel, la presse s'est mise à la remorque des juges. Ce n'était pas bien difficile de sonner la curée autour de Carignon, de Noir et de Tapie ! Mais qui ose fouiller du côté de l'extrême droite ? Qui provoque le scandale ? Des colleurs d'affiches se promènent avec des armes de guerre, en plein Marseille, ils tuent un jeune Français originaire des Comores. On arrête le tireur et tout est fini ! Or, le service d'ordre du Front National est une organisation paramilitaire illégale. Pourquoi n'y a-t-il pas de juges d'instruction pour ordonner les perquisitions partout, dans les locaux du FN et chez les responsables du service d'ordre ? La mort d'un homme serait donc une faute légère en regard des fausses factures ? De la même manière, le FN s'est tiré à bon compte de l'assassinat perpétré au cours d'une de ses manifestations.
Certes, il fallait moraliser la vie politique. Les juges et la presse se sont donc attachés à débusquer les scandales. Le Front National en a d'autant mieux profité que personne n'est allé regarder ses financements, son mode d'organisation, son recrutement. Croit-on vraiment qu'il n'y a rien à voir ? L'idéologie du Front National a draîné, comme la manifestation « Jeanne d'Arc », tout ce que la France compte de fripouilles et de canailles. Des individus douteux, « connus des services de police », il y en a sur toutes les listes FN. Mais on était sur le point d'amnistier les opérations de commandos menées dans les hôpitaux, opérations organisées et préparées militairement par l'appareil « frontiste ». Il est temps de démasquer les voyous. De traiter le Front National pour ce qu'il est : un parti fasciste, héritier direct des doriotistes et de l'OAS, un ramassis de crapules sans foi ni loi qu'il faut éliminer de la vie politique par tous les moyens de droit.BOUBAKERREZZOUZToulon c'estnous aussi !¦ Le 14 juillet est la fête de la Nation française et des citoyens de la République. C'est la fête de tous ceux qui adhèrent à ces valeurs fondamentales que sont l'égalité, la liberté, la fraternité.
Orange, Marignane, Toulon, sont tombées aux mains des fossoyeurs de ces valeurs.Le soir du 14 juillet dernier, s'est tenu à La Seyne-sur-Mer, face à Toulon, en réponse aux tentatives de récupération de la fête nationale par le FN et à la présence de Le Pen au défilé militaire de la marine française, le matin même, un grand concert républicain, black — blanc — beur, avec Michel Boujenah, M.C. Solar, N.T.M., Touré Kunda, Patrick Bruel, à l'initiative de notre revue et de SOS Racisme.
Voici le texte de l'allocution de Boubaker Rezzouz, fondateur de l'Association « Toulon c'est nous aussi ! », qui, dans les quartiers de la base, a engagé au quotidien la résistance à l'ordre lepéniste. Son combat est le nôtre.Bonsoir à toutes, bonsoir à tous.
Ce soir, nous sommes nombreux, vous êtes nombreux.
Jamais nous n'aurions imaginé, en créant l'association « Toulon c'est nous aussi ! » il y a vingt jours, pouvoir espérer une manifestation d'une telle envergure.
Vous êtes tous là, et tous vous êtes les bienvenus.
— Bienvenue aux habitants de La Seyne-sur-Mer.
— Bienvenue aux touristes, aux vacanciers.
— Bienvenue aux nombreux jeunes de tous les quartiers de l'agglomération toulonnaise, La Seyne-sur-Mer, La Garde et Toulon.
— Aux Marseillais, aux copains d'Orange, de Marignage et de Nice.— Bienvenue aux artistes et aux intellectuels.
— Bienvenue aux élus, aux associations.
Qui que vous soyez, chômeurs, SDF, étudiants, salariés, médecins, enseignants, artistes, je veux vous dire ma joie de vous avoir à nos côtés ce soir. Cette différence nous rassemble et nous renforce.
Tous différents mais tous unis contre notre ennemi commun : le Front National.Au soir du 18 juin 1995, lorsque la bande à Le Pen, a été élue dans la ville de Toulon, les boules, la peur, l'angoisse...
Je n'avais qu'une idée : quitter la ville, cette ville où j'ai grandi, vécu, où j'ai toute ma famille et tous mes potes.
Alors : subir ou partir ? Non : agir ! ! !
Il fallait agir vite avec tous les potes des quartiers.
Vous savez, le racisme, je ne l'ai pas découvert au soir du 18 juin, mais depuis bien longtemps à Toulon, au quotidien, il sévit : dans certains bars, dans certaines discothèques... dans certaines administrations...
Il m'est arrivé avec mes potes, d'être victime du racisme quasi légalisé. Avec mes potes, bien avant l'arrivée du maire Front National à Toulon, on a été blessés, insultés par les propos de certains élus et l'ancien maire de Toulon.
Je n'oublie pas que si le Front National est aujourd'hui au pouvoir à Toulon, c'est aussi parce que certains élus dits « respectables » ont véhiculé et banalisé des idées si chères à Le Pen.
Soyons vigilants au Front et aussi à tou...
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