Conseils de lecture

L'enfer de Church Street

Éditions Gallmeister

15,00
par (Libraire)
12 août 2015

Mécanique implacable

Peuplé de flics véreux, de pasteurs arrivistes et d’une galerie de mesquins en tous genres, ce roman aura du mal à passer pour une romance, et pourtant, c’est bien l’amour, ou un cousin vaguement ressemblant, qui guide les actions, bonnes ou terribles, de ce minable narrateur.

Noir, effarant, miné par la misère sentimentale et morale, cet Enfer dont parle le titre est d’abord celui dans lequel se débattent les âmes damnées de Little Rock, Arkansas, où il semble que personne ne soit véritablement animé de bonnes intentions, pas même les victimes.

Le tour de force du livre, sans aucun doute, est de nous faire ressentir une certaine empathie pour ces figures mauvaises, ces petits lâches et ces vrais méchants, et au bout d’un suspens savamment travaillé, de nous faire nous interroger sur notre propre humanité, sur nos objectifs, assumés ou inconscients dans chaque geste que nous accomplissons et chaque décision que nous prenons.

C’est limpide, implacable, ça se lit d’une traite, avec un mélange de compréhension et de dégoût, comme on écouterait la confession d’une vague connaissance dont on ne saura finalement jamais si elle aurait pu être notre ami, et si ça n’est pas plus mal comme ça.


L'Enregistré, Performances / improvisations / lectures

Performances / improvisations / lectures

P.O.L.

39,00
par (Libraire)
12 août 2015

Témoignage vivant

P.O.L. poursuit l’édition des œuvres de Christophe Tarkos, poète emporté en 2004 par la maladie à l’âge de 41 ans. Après la somme "Écrits poétiques" en 2008, ce volume est un étonnant éclairage sur le travail de l’auteur, dont le talent d’improvisateur et de performeur se révèle intimement lié à sa pratique d’écriture.

"L’enregistré" se compose ainsi d’un CD audio, d’un DVD et d’un ouvrage qui restitue par écrit l’ensemble des textes qui ont bénéficié de ces captations. Poésie mouvante, langue de l’instant, le travail de Tarkos se révèle d’une incroyable vivacité, parfois drôle, parfois tragique, et toujours habité par une rage indéfectible de dire, de dire au mieux, saluant cette matière magique dont sont faits les poèmes, mais une matière qui ne serait pas de mots.

Un ouvrage indispensable pour tout amateur de poésie contemporaine, libre et décomplexée, mais aussi pour qui voudrait mettre un pied dans le foisonnement créatif trop peu connu qui a commencé à agiter la poésie française à la fin du XXe siècle et dont les stolons n’en finissent plus d’éclater.


L'autre ville
19,00
par (Libraire)
12 août 2015

Un livre magique

Quand le narrateur de cette histoire découvre un livre à l'alphabet mystérieux sur les étagères d'une librairie, il ne se doute pas qu'il vient de pousser la porte d'un monde nouveau et furieusement poétique. Et vous non plus !

Quel roman ! Mais quel roman ! Ballade surréaliste dans les rues de Prague, cette "Autre ville" se donne pour mission de vous faire changer d'avis sur tout ce qui vous entoure. Regardez bien, oubliez vos rendez-vous, ralentissez votre marche, prenez la peine de jeter un œil dans les recoins sombres, sous les cages d'escalier, dans les placards oubliés, là où se déroulent des scènes incroyables, où surgissent des architectures titanesques, où vivent d'étranges peuples. Car l'exotisme, chez Michal Ajvaz, ne se trouve pas dans des pays lointains, mais là, sous notre nez, dans nos maisons, là où plus personne n'a le courage ou la curiosité de regarder.
C'est un guide voyage dans notre imaginaire oublié. C'est aussi un formidable morceau de bravoure poétique tellement les descriptions débordent de détails hallucinés : statues de glace, paquebots entre les immeubles, tramway d’émeraude qui ne mène nulle part, océans de draps, avalanches d'édredons... Ne cherchez pas d'intrigue complexe à cette "Autre ville", elle n'en a pas besoin, et cette stupéfiante odyssée contemplative n'en est que plus forte, mode d'emploi amical, manifeste doux, comme un encouragement à retrouver chaque jour, à chaque instant, le merveilleux au cœur même de notre quotidien. Un livre magique.


Quelle terreur en nous ne veut pas finir ?
9,00
par (Libraire)
11 août 2015

C'est quoi l'identité nationale ?

Les livres servent à nous arrêter, juste un instant, à reprendre nos esprits quand on nous sert trop souvent des idées préfabriquées, des réactions sous le coup de l'émotion.

Depuis plusieurs années, on nous parle d'identité. Notre pays serait attaqué, notre culture serait menacée. Par l'autre, par l'immigré, par le migrant. Mais si notre culture, ce que nous voulons défendre, c'était justement cette manière que nous avons d'accueillir l'autre. Si on oubliait ça, peut-être qu'alors ne serait-on plus nous-mêmes, et alors que resterait-il à défendre ?

Avec ce tout petit livre, Frédéric Boyer nous demande de faire une pause, de bien réfléchir à ce soit disant problème : l'immigration, les migrants, l'identité, appelons ça comme on voudra. En moins de 100 pages, il réussit à poser les bonnes questions et à les faire résonner bien fort à un moment de notre histoire collective où il est urgent de refermer les plaies plutôt que de les écarter.