Conseils de lecture

Le Paris sur l'avenir
22,50
par (Libraire)
27 août 2015

La science du désastre

Voici probablement le livre le plus juste sur l'état d'esprit américain de l'après-11 septembre. Paranoïaque à l'extrême, à la fois vindicatif et mélancolique, “Paris sur l’avenir” nimbe dans un humour subtil une fable sur notre peur la catastrophe.

Au début de l'histoire, le héros Mitchell Zukor est de ces névrosés qui voient leur mort à tous les coins de rue. Et comme il excelle en mathématiques statistiques, son profil intéresse rapidement FutureWorld, une compagnie d'assurances d'un nouveau genre qui propose à ses clients de les protéger contre l'impossible. Pluie de météorites ? Volcan caché ? Trou noir ? Ces gens-là ont une assurance pour vous. Commence alors la première partie rocambolesque du livre, aussi crédible que surréaliste, où l'on finit par se prendre nous aussi à chercher le meilleur moyen d'éviter statistiquement la mort.
Mais toute catastrophe, même si elle n'est que peu probable, reste possible, et le pire est toujours à venir...
Parfaitement tenu, surprenant de bout en bout, ce roman ne tombe dans aucun piège et s'avère être une réflexion très fine sur l'avenir que cherche à s'inventer l'Amérique et peut-être même l'ensemble du monde occidental aujourd'hui. S'agit-il de vivre dans la peur de tout, tout le temps, et d'en faire le commerce ? Ou bien d'arrêter la machine à panique et de faire le point une bonne fois pour toutes ?


Le coeur du problème

Éditions de L'Olivier

17,00
par (Libraire)
22 août 2015

Un mort sur le paillasson

Tout en finesse, avec son habituel humour pince-sans-rire, Christian Oster nous embarque dans un thriller domestique palpitant.

On y fait la connaissance de Simon, personnage lunaire et dépassé par les événements, narrateur inquiet aux réflexions circulaires qu'on pourrait parfois rapprocher des délires paranoïaques d'un Woody Allen ou des bougonnements ironiques d'un Jean-Pierre Bacri, quoiqu'en nettement plus subtil.
Et puis progressivement, du maelstrom psychologique dans lequel s'enfonce notre héros, l'intrigue prend corps, se densifie jusqu'à devenir un véritable suspens.
On s'en doutait, le roman sera tenu du début à la fin, construit avec la précision d'un artificier.
Drôle, intelligent, haletant, ne manquez pas ce polar qui n'en est définitivement pas un.


UN OURS A L ECOLE
11,50
par (Libraire)
22 août 2015

Une rentrée poilue

Un album très intelligent qui réussit à traiter avec tendresse et humour les grands thèmes de la rentrée : quitter ses parents, les retrouver le soir, être le nouveau de la classe...
Ajoutez-y le trait irrésistible de Jean-Luc Englebert et vous tenez un livre à mettre entre toutes les petites mains à partir de 3 ans.


Tous nos noms
21,50
par (Libraire)
21 août 2015

Ces destins qui ont fait l'Amérique

Dinaw Mengestu continue de questionner ses origines avec ce roman bouleversant, à la fois roman d’amour, de guerre, d’amitié, de lutte et d’Histoire où deux récits s'enchâssent pour finalement nous montrer le saignement des mêmes plaies.

On y suit le destin d’Isaac, étudiant ougandais idéaliste à une époque où le socialisme africain naissant laissait entrevoir tous les espoirs. Celui aussi d’Helen, assistante sociale du Midwest américain, prête à se heurter aux regards haineux d’un pays encore soumis à la ségrégation.
Le miroir est troublant, le destin cruel. Fuir l’oppression, la guerre et les tueries arbitraires pour retrouver une autre violence, celle de l’exclusion et du racisme.
Mais quand l’amour entre en jeu, toutes les ombres disparaissent. Et quand c’est de la plume poétique, sensible et teintée d’ironie de Mengestu que vient cette histoire, le roman devient fresque et ces humbles amants des héros.
Tous nos noms est un roman porté par un souffle unique tout en se plaçant dans la droite filiation des livres importants de la littérature américaine qui ont apporté autant aux belles lettres qu’à l’Histoire de leur pays en montrant qu’un peuple est toujours et surtout la conjugaison de destins singuliers et de cœurs désintéressés.


La pire personne au monde
20,00
par (Libraire)
21 août 2015

Fou rire sur le huitième continent

Le principal défaut de ce roman, c'est que vous allez seulement rire aux éclats. Parce que non, vous ne trouverez pas de sens caché, pas de matière à réflexion érudite, pas de métaphore ou de morale dissimulée entre les lignes (comme cela a parfois été le cas chez Coupland). Non. Juste du rire, à chaque page ou presque, dans cette épopée complètement barrée où notre malheureux et pathétique héros ira de mal en pis, de tuiles en catastrophe, alors qu'il pensait se la couler douce en filmant une sorte de Koh Lanta foireux sur une île paradisiaque entouré de nymphettes pas farouches.

Cette pire personne au monde dont parle le titre, c’est donc lui, Raymond Gunt, loser magnifique, qui aime échouer avec panache et se rassurer avec une bonne rasade de mauvaise foi maladive et d’alcool fort. Affublé d’une ex-femme machiavélique et d’un assistant trouvé dans le caniveau, le voici embarqué vers l’archipel des Kiribati, au milieu du Pacifique, mais inutile de dire que le voyage sera mouvementé, entre allergies aux noix de macadamia, séquestrations militaires et petites alertes nucléaires.
Bien qu’il ait connu le succès mondial avec Microserfs et Génération X, Douglas Coupland n’a jamais vraiment eu en France le lectorat qu’il méritait, malgré d’autres chefs d’oeuvre comme Girlfriend dans le coma ou Toutes les familles sont psychotiques.
Pour remédier à cette injustice, l’auteur canadien nous revient ici à son top niveau : les blagues fusent, les situations loufoques se succèdent et le rythme ne faiblit pas d’un iota. Au cours de la lecture, on pense souvent à tous ces grands cyniques misanthropes américains, les Karoo, Bukowski, Nathan Zuckerman ou Exley qui ont fait le bonheur des lecteurs sarcastiques que nous sommes et véritablement, Raymond Gunt a tout ce qu’il faut pour rejoindre cette cohorte titubante de quinquagénaires aigris, follement inventifs et désespérément drôles.
Au cinéma, on aurait appelé ça une comédie. En littérature, c’est un bon feel-good book, de ces romans qui vous font rigoler sans arrière-pensée parce que la bonne réplique tombe toujours au bon moment et que parfois, on ne demande rien de plus à un livre.
Quant au huitième continent... vous verrez bien.