Conseils de lecture

L'appel
22,00
par (Libraire)
5 janvier 2019

Sur le dos

Très bien mené, très finement écrit, ce premier roman de Fanny Wallendorf surprend par sa liberté. Certes, la figure historique de Dick Fosbery, inventeur du saut en hauteur qui porte son nom, est présente, mais elle ne sert que d'appui à une figure littéraire bien plus aérienne.

Ici, il sera question de l'adolescence, de l'amour, du sport, de la persévérance, de la voie qu'on se cherche et qu'on finit par trouver, parce qu'on ne renonce pas, parce qu'on est concentré sur maintenant et pas nécessairement sur demain, parce que l'enjeu, c'est précisément la course d'appel et pas le saut.

Il y a entre ces lignes une belle philosophie de vie, une quiétude, une tempérance, une humilité qui rend plus grand, et qui peut faire sauter plus haut que tout le monde. Mais il y a surtout cette idée que tout ça n'est pas si important. Et si le jeune Richard n'avait pas orienté son bassin de cette manière, s'il n'avait pas courbé sa course dans les derniers pas, s'il n'avait pas inventé le saut dorsal et révolutionné son sport, alors oui, il aurait continué à stagner à 1m62 toute sa vie. Mais ça ne l'aurait pas empêché d'être heureux.


APRE COEUR

Philippe Picquier

22,00
par (Libraire)
4 janvier 2019

Éblouissant !

"Pourquoi ces gens ont-ils des enfants s'ils n'ont pas l'intention de les aimer ?"
Voilà ce que se demande la maman de Jenny, immigrée chinoise aux Etats-Unis, dans l'une des histoires de ce roman mosaïque bouleversant qui nous invite dans l'intimité de ces familles qui ont tout sacrifié pour tenter l'aventure du rêve américain.
Un rêve qui tourne au cauchemar pour beaucoup de ces personnages, bosseurs acharnés, pleins d'abnégation et d'espoir, mais à qui on ne donne pas le droit d'être autre chose que des figurants, des livreurs de nems, dans un pays où règne la loi de la jungle. Racisme, promiscuité, insalubrité des logements, précarité des revenus, cette vie de survivance nous est décrite dans les moindres détails, et à hauteur de petite fille.

Au fil de ces histoires croisées, vous apprendrez ainsi à connaître Jenny, qui réussit à s'échapper à Stanford, Christina, dévorée par les démangeaisons, Lucy, la plus belle de l'école, et à chaque fois, mesurerez à quel point le destin de ces petites ne tient qu'à l'amour de leurs parents et à la hauteur de leurs sacrifices.
A lire ces lignes, on pourrait penser qu'on tient là un livre misérabiliste, un tire-larmes pathétique, et pourtant c'est tout le contraire, car le génie de Jenny Zhang tient en une langue violente, dynamique et incroyablement drôle. Chacune de ces voix de gamines cingle et cogne, avec un sourire en coin et un croche-patte au passage. On rit beaucoup dans ce livre, on a le coeur serré aussi face au courage de ces filles déterminées à garder le sourire face à l'adversité.
"Je voulais vivre une vie sans rêves dans mon inconscient et en avoir plein quand j'étais consciente." dit Lucy, qui n'aime pas les cauchemars.
C'est un premier roman poignant, de ceux dont on sort changé, par son audace, par son brio, par sa rage flamboyante.


La Massaia, Naissance et mort de la fée du foyer

Naissance et mort de la fée du foyer

La Martinière

20,90
par (Libraire)
8 octobre 2018

Dissection de la femme parfaite

On comprend sans peine que ce livre hors-norme aura laissé perplexe la censure fasciste de l'entre-deux guerres. Est-ce un pamphlet féministe ? Une fable acide ? Une ode à l'anticonformisme ? Ou tout simplement l'évocation imagée d'un personnage qui aspire comme nous tous à la liberté ?
Le résultat, en tout cas, c'est un roman luxuriant et follement original, et dont on ne s'explique pas qu'il n'ait jamais été traduit en français jusqu'à aujourd'hui. Une merveille d'imagination et d'étrangeté à découvrir.


Les Jours de silence
22,00
par (Libraire)
8 septembre 2018

L'ombre du père

On se laisse emporter sans même s'en apercevoir dans cette fresque américaine mettant en scène trois générations qui vivent et s'aiment dans une petite ville de Caroline du Nord, là où le rude climat ne peut être combattu que par la chaleur de la littérature.
Aux côtés du petit Henry, on erre dans les couloirs de son inquiétante maison-vautour, tout droit sortie d'une nouvelle de Poe, hantée par les grommellements d'un père charismatique, écrivain sans oeuvre, aussi fascinant qu'imprévisible.
Et puis il y a l'amour, celui que Henry rencontrera à la fac en cherchant à fuir ce trou perdu qui l'a vu grandir. Mais peut-on être autre chose que le fruit des paysages d'où l'on vient ?
Cette ténébreuse et envoûtante saga familiale est une vraie réussite, qui sait varier les registres, doser les émotions, et agripper le lecteur avec un suspens discret. Le premier roman pénétrant d'un auteur à suivre.


SCIENCES DE LA VIE
7,00
par (Libraire)
1 septembre 2018

A fleur de peau

La grande réussite de ce roman, c'est d'être allé jusqu'au bout de son idée. Ressentir la douleur, permanente, insupportable, vivre avec, vivre malgré tout. Sans faire d'impasse, Joy Sorman porte le lecteur aux confins de ce qu'il est possible de mesurer avec des mots, dans ces zones de la littérature qui peuvent devenir physiques, là où l'empathie vous fait grimacer. Alors c'est vous qui partagez le chemin de croix médical et plus ou moins scientifique de Ninon, vous qui espérez que le bon diagnostic tombe ou que la bonne formule magique soit prononcée. Pour vous libérer, autant qu'elle, de la douleur bien sûr mais surtout de la malédiction. Rompre avec la tradition, refuser la fatalité : à sa manière, recluse dans sa chambre capitonnée, Ninon est une héroïne rebelle, en opposition avec toutes les femmes qui l'ont précédée et dont sa mère lui a raconté l'histoire pathétique. Toi aussi, tu souffriras sans raison, semblait-elle dire. En s'élevant contre sa calamiteuse généalogie, Ninon se dresse face au destin. Terriblement intime, ce roman est aussi le récit d'une tragédie plus ample, millénaire, celle qui raconte la force qu'il faut à un enfant pour s'écarter de la voie qu'on a tracé pour lui.