L'ombre couvre leurs yeux

Élie Treese

Rivages

  • par (Libraire)
    15 avril 2016

    Lumières dans les marais

    Dès le premier paragraphe, vous avez déjà tout compris : vous êtes sur le territoire d'Elie Treese, là où le plus médiocre des sales types peut vous asséner une métaphore d'une poésie renversante sans que tout ça paraisse bizarre, là où les passions humaines sont comme des moustiques qui cherchent leur pitance salée entre la boue et les étoiles, là aussi où les petites tragédies et le crépitement des secrets qui flambent résonnent bien longtemps dans les têtes, dans les cœurs et par delà les années.

    Jouant du fond et de la forme comme un chef d'orchestre pointilliste, Treese délivre son meilleur roman à ce jour, fusionnant la verve somptueuse de "Ni ce qu'ils espèrent ni ce qu'ils croient" à l'allégorie énigmatique des "Anges à part" pour produire des phrases de cet acabit :

    "Les histoires sont comme les anguilles au fond d'un seau, à s'effleurer en permanence de leur peau visqueuse, et on se contente de les regarder avec une sorte d'effroi, parce qu'on voudrait que la vérité ait une apparence différente, mais bon Dieu y'a rien d'autre et on est forcé de regarder jusqu'à la fin parce que la vérité, même laide, apparaît bientôt comme une chose indispensable."

    Implacable et raffiné, paradoxalement haletant et contemplatif, "L'ombre couvre leurs yeux" se place d'emblée hors catégorie, hors tendance, et affirme le talent d'un écrivain qu'il faudra désormais impérativement suivre.