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Histoire de ma sexualité

Histoire de ma sexualité

Arthur Dreyfus

Folio

  • 16 septembre 2017

    Du sexe et des lettres

    A priori, on ne pouvait pas faire plus explicite. « Histoire de ma sexualité » : adjectif possessif, première personne, nom familier. Arthur Dreyfus, 27 ans tout juste, écrivain et journaliste inspiré, est un personnage public. Inutile dès lors de le nier : il y a eu un brin de voyeurisme dans notre envie de lire son quatrième livre. De ce point de vue, on ne peut pas être déçu : Arthur Dreyfus répond avec un aplomb impressionnant à « tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe sans jamais oser le demander », en l’occurrence, le sexe entre hommes. Mais c’est surtout la préhistoire de la sexualité qui occupe ce paléontologue du désir : ouvrant son livre par la question : « comment en suis-je arrivé là ? », Arthur Dreyfus plonge dans les replis de son enfance. Flash de souvenirs, mémoire photographique, premiers touche-pipi, premiers orgasmes, premières escapades sur internet, l’auteur ne se soustrait à aucun exercice d’introspection. Empilant les briques de souvenirs comme autant d’hypothèses de lecture de soi, Dreyfus n’oublie jamais de se placer au cœur d’un écosystème fragile ; c’est dans le portrait de famille, déjà au cœur de son roman précédent, « Belle famille », qu’Arthur Dreyfus excelle. Un père médecin dont le « système digestif pris par l’anxiété » dégage un « gaz continu », une mère qui tente de réparer les morceaux par texto, un coming out qui dynamite les certitudes bourgeoises, et des vacances aux sports d’hiver où la proximité des chairs fait ressurgir les interdits. « Histoire de ma sexualité » peut se lire comme le portrait en creux d’un homme qui voit la vie divisée entre deux pôles : le sexe et l’écriture, les deux extrémités d’un vase communicant et bouillonnant. Deux territoires où les corps, les fluides et les odeurs règnent en despotes.

    La littérature est le deuxième grand sujet de ce « roman », comme l’annonce la couverture. Et là, on tique. Certes, la mode est à l’effacement des frontières entre roman et récit, mais à force d’appeler roman tout énoncé beau et touchant (Dreyfus est le premier à le savoir : il écrit merveilleusement bien), ne risque-t-on pas de galvauder le terme ? La fiction, l’auteur de ce pot-pourri littéraire – morceaux de journal intime, citations d’autres auteurs, extraits de presse ou de prospectus publicitaires, mails et messages en tout genre – s’en passe. Et le lecteur qui espère voir son voyeurisme initial dépassé par la mise en récit problématique d’un témoignage à la première personne reste sur sa faim. « Histoire de ma sexualité », qui renvoie tout de même au texte fondateur de Michel Foucault, « Histoire de la sexualité », constate, cite, accumule bien plus qu’il ne commente. Alors, bien sûr, on dira que Dreyfus renouvelle l’épreuve de force des plus grands écrivains, à savoir commenter le geste scripturaire au moment même où il a lieu, mais, ici, le métatexte écrase le reste. Le reste, c’est-à-dire cette fameuse histoire d’une sexualité dont on ne récoltera finalement que quelques fulgurants débris.
    Sous prétexte qu’il en a conscience, Dreyfus s’autorise tous les vices (d’écriture !) : l’égocentrisme, l’absence d’empathie, l’arrogance, mais surtout la paresse. Un bon tiers du livre est constitué des paroles d’amis, à propos du texte en procès ou de leurs propres expériences sexuelles, « ma sexualité » devenant « notre sexualité » dans un intéressant mouvement documentaire. Mais pourquoi « roman » ? Arthur Dreyfus est brillant, chaque page le prouve, et il l’est depuis longtemps. En atteste la lettre envoyée au père à ses seize ans, (complaisamment ?) retranscrite à la fin du livre. Pourtant, une question s’impose : ce roman-gruyère, fait de fragments vraiment poignants et d’aphorismes un peu creux, un peu clinquants, aurait-il été publié tel quel s’il ne portait pas la signature du si brillant Arthur Dreyfus.

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