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Dora Bruder

Dora Bruder

Patrick Modiano

Folio

  • 10 mai 2020

    1939-1945, recherche

    Je continue mon exploration des grands romans de Patrick Modiano.

    J’avais lu et étudié ce roman au lycée. J’en gardais un vague souvenir d’une narration brumeuse.

    Ma lecture fut bien différente. D’abord parce que je connais un peu mieux l’auteur pour avoir lu plusieurs de ses ouvrages (ce qui n’était pas le cas lycéenne). Ensuite parce que j’ai eu l’impression de prendre plus de recul avec le texte.

    Le narrateur, encore une fois, part à la recherche d’un personnage, ici, le nom d’une jeune fille croisée dans un journal de 1942 qui a fait une fugue.

    Etrangement, presque 25 ans plus tard, il trouve des informations sur son père et sa mère, leur adresse et le pensionnat dans lequel elle était interne.

    S’intercalent des digressions sur les hasards et les coïncidences, mais également sur le père du narrateur.

    Quelques citations :

    On avait imposé une étoile jaune à des enfants aux noms polonais, russes, roumains et qui étaient si parisiens qu’ils se confondaient avec les façades des immeubles, les trottoirs, les infinies nuances de gris qui n’existent qu’à Paris. Comme Dora Bruder, ils parlaient tous avec l’accent de Paris, en employant des mots d’argot dont Jean Genet avait senti la tendresse attristée.

    Depuis, le Paris où j’ai tenté de retrouver sa trace est demeuré aussi désert et silencieux que ce jour-là. Je marche à travers les rues vides. Pour moi elles le restent, même le soir (…). Je ne peux pas m’empêcher de penser à elle et de sentir l’écho de sa présence dans certains quartiers. L’autre soir, elle était près de la gare du Nord.

    C’est là son secret (sa fugue). Un pauvre et précieux secret que les bourreaux, les ordonnaces, les autorités dits d’occupation, le Dépôt, les casernes, les camps, l’Histoire, le temps – tous ce qui vous souille et vous détruit – n’auront pas pu lui voler.

    L’image que je retiendrai :

    Pas de couleur verte dans ce roman, mais plutôt la couleur grise.

    https://alexmotamots.fr/dora-bruder-patrick-modiano/


  • 19 juin 2019

    « Dora Bruder », de Patrick Modiano, le combat inégal d’un écrivain contre la bureaucratie de l’amnésie

    Grâce à ce grand livre, une femme inconnue raflée par les Nazis en 1942 et internée aux Tourelles, à Paris, regagne le début d’une présence.
    Voir la suite sur lemonde.fr


  • 4 novembre 2014

    ''PARIS. On recherche une jeune fille, Dora Bruder, 15 ans, 1 m 55, visage ovale, yeux gris-marron, manteau sport gris, pull-over bordeaux, jupe et chapeau bleu marine, chaussures sport marron. Adresser toutes indications à M. et Mme Bruder, 41 boulevard Ornano, Paris.''
    C'est cette petite annonce, parue dans la rubrique ''D'hier à aujourd'hui'' du Paris-Soir du 31 décembre 1941, qui interpelle Patrick MODIANO. Sans doute parce que le boulevard Ornano lui rappelle les jours de son enfance où il le traversait avec sa mère pour se rendre aux Puces de Saint-Ouen. Commence alors pour l'auteur un long travail d'enquêtes dans les traces de la jeune fugueuse. Dora Bruder, juive, pensionnaire d'une institution catholique aujourd'hui disparue, rebelle et indépendante, décide de fuguer un soir de décembre 1941. Qu'a-t-elle fait avant d'être retrouvée par la police ? Avant que ne la rattrapent les lois anti-juives ? Avant d'être emprisonnée et déportée ? MODIANO, soixante ans après les faits, sait qu'il ne trouvera rien de l'adolescente broyée par l'Histoire. Mais, il s'obstine à réunir de maigres informations, à marcher dans ses pas, à visiter les lieux qui ont gardé une trace de Dora Bruder. Et à travers elle, ce sont les fantômes de tous les juifs parisiens, français ou réfugiés, qu'il convoque pour raconter cette période trouble et dangereuse, que lui n'a pas connue mais qui trouve un écho dans son histoire personnelle.

    De l'enquête minutieuse de Patrick MODIANO ne ressortent que des bribes, d'infimes morceaux d'une vie qui s'est diluée dans l'espace et le temps, dans des archives brûlées car honteuses, dans des lieux rasés après la guerre, dans une chambre à gaz d'Auschwitz. Dora Bruder, une juive parmi tant d'autres, une adolescente qui rêvait de liberté mais à qui le Paris de l'Occupation n'a offert que l'étoile jaune, les rafles, la déportation. Fugueur lui aussi, MODIANO a pu déambuler dans une ville libre, sûre. Des villes différentes, celle de 41-42, celle de de 1965 mais aussi celle au moment où il écrit son livre. Pourtant des traces subsistent. La mémoire s'est ancrée dans des lieux qui sont communs à la jeune fugueuse juive et à l'auteur en devenir. Ce sont ces endroits insignifiants à première vue, mais chargés d'histoires et d'Histoire, que MODIANO explore, ces rues, où Dora Bruder marchait, qu'il parcourt, aux aguets, pour saisir une ombre, une trace, un souvenir.
    Dora Bruder restera l'insaisissable jeune fille qu'elle était déjà de son vivant mais la reconstitution de MODIANO, teintée de douceur et de mélancolie, ravive la mémoire de la souffrance des juifs de France. Pour leur donner, sinon une voix, du moins un reste de présence, ce petit roman, cette goutte d'eau, est un devoir de mémoire pour lutter contre l'amnésie collective. Triste et pudique.