Guerre des Gaules

Jules César

Gallimard

  • 28 mai 2021

    Les Commentaires sur la Guerre des Gaules incarne la puissance de l'Histoire au service de la propagande d'un homme : Jules César. Tout juste prolongé au pouvoir comme proconsul de cette Italie qu'est la Gaule Cisalpine, le gars entend prendre de la distance sur Pompée, son allié triumvir rival, mais aussi gendre (ça tombe mal, c'est toujours un peu vicieux les gendres, mais ça c'est une autre histoire). Il se lance donc dans une démonstration de force qui aboutit à l'unification de la Gaule sous le joug romain.

    "Du joug comme le... comme du joug-fleur ?"

    Non, le joug, la domination d'un territoire immense, occupé par de si nombreux peuples gaulois que vous pourriez gagner vos cinquante prochaines parties de Scrabble avec. La Guerre des Gaules a la particularité d'être à la fois une compilation de notes précises sur les différentes campagnes de César à destination du Sénat, une source historique impressionnante de détails sur les peuples, coutumes, vie politique, alliances de la Gaule celtique et un récit bien ficelé, simplement écrit et accrocheur. Quelques passages font exception, comme la seconde campagne de Bretagne ou le petit roadtrip derrière le Rhin, et sont un peu plus faibles en terme de puissance narrative.

    Côté militaire, on ne peut qu'admirer la rigueur des soldats qui établissent systématiquement un camp que ce soit pour y rester un soir ou plusieurs jours d'affilée, le déploiement de ces légions romaines ou encore l'esprit de résistance gaulois (bon, pour ce qui est de la constance dans les alliances ou de la réalisation des attaques, on repassera). L'art militaire était porté à un degré d'excellence par les Romains. César les montre capable de résister aux pires situations, de renverser la vapeur sur un champ de bataille par une tactique ou par des exploits individuels.

    La Guerre des Gaules est d'un autre côté un document historique sans équivalent sur le passé d'un territoire qui deviendra la France écrit par un contemporain des évènements. A travers le récit de la conquête, on perçoit les conflits territoriaux entre peuples Germains, Gaulois, Belges ; les disparités politiques même entre les peuples gaulois ; la vie quotidienne (les castes, les traditions, les serments, la joie d'avoir un lopin de terre et de se faire bazarder ses vaches par des soldats en jupette ou "vie paysanne").
    Le livre décrit aussi sans ambages les pratiques romaines : la soumission des peuples par le massacre et la force ou la corruption et le favoritisme quand il est possible de porter au pouvoir des chefs favorables à Rome. Les peuples alliés fidèles sont préservés ou récompensés. Il y a une vraie volonté de César d'appliquer une politique romaine sur ce territoire et pas seulement d'effectuer une conquête rapide pour bien se placer en vue du second consulat.

    Ce texte demeure néanmoins une propagande bien huilée. Les erreurs sont imputées à des subalternes irréfléchis (comme la destruction de la légion et demie de Cotta/Sabinus ou l'échec de l'assaut à Gergovie) ou à la vaillance bestiale des Gaulois. Certains ratés sont masqués par des tartines sur telles ou telles thématiques socioculturelles. Les victoires sont mises au crédit de l'intelligence et de la réactivité de César, parfois de ses légats et tribuns. Pour le coup, si y'a quelque chose pour lequel il n'est pas chiche, ce sont les mises en avant de ses soldats. Sachant que les Commentaires étaient aussi lues par les soldats, quoi de mieux pour attiser la fidélité et donner du coeur aux troupes que de créer des exemples ? Les héroïques mouvements de troupes orchestrés par des tribuns, la résistance du collectif ou la téméraire bravoure de quelques légionnaires. On aura retenu les fameux centurions, Pullo et Vorenus, dont la rivalité les fait se surpasser et les sauve d'un assaut nervien. D'ailleurs, après avoir servi pour César, ils ont été recrutés par HBO pour tourner l'adaptation live de leurs aventures. Et ouais, il faut bien manger.

    Bref, au-delà d'un aspect propagande politique éclairé par les notes, on peut se dire que le récit ne doit pas être si éloigné des faits, sinon par la façon d'amener les choses. Commentaires sur la Guerre des Gaules est et restera un document historique inestimable par sa richesse et sa contemporanéité des évènements. Sans cet ouvrage, jamais nous n'aurions eu le bonheur de voir Christophe Lambert jeter ses armes et s'agenouiller aux pieds de Alain Chabat, crachant des pépins de raisin.