Sanderling

Anne Delaflotte Mehdevi

Gaïa

  • 31 janvier 2014

    En voyage au Groenland avec un groupe d'agriculteurs français, Landry est victime d'un accident qu'il a lui-même provoqué et qui le contraint à prolonger son séjour sur place. Rien ne le rappelle en France. Sa femme est partie avec ses enfants et ses voisins sauront s'occuper de ses terres durant son absence. Il décide donc de passer sa convalescence avec Germain, un belge expatrié en terre inuits. Lors d'une partie de chasse, Landry trouve un oisillon sanderling dans un nid posé sur la toundra gelée. Pour l'agriculteur las de vivre, cet oiseau appelé à devenir un extraordinaire migrateur, représente l'espoir et la persévérance. Landry y voit le signe d'un renouveau et c'est, dopé par une envie d'en découdre et de tout changer, qu'il rentre à Belligny, sur les terres qui l'ont vu naître et auxquelles il a consacré sa vie.

    Il ne sait pas encore que sa révolution intérieure va trouver un écho très concret dans sa vie. Les volcans islandais ont décidé de rappeler les hommes à l'ordre en déversant lave, fumée et cendres sur l'Europe ébahie et désemparée. L'Islande est rayée de la carte, le Danemark et l'Ecosse sont au plus mal, l'Europe toute entière est menacée. A Belligny, on s'organise pour faire face au nuage de cendre et son lot de calamités : été caniculaire, hiver polaire, inondations, glissements de terrain, gaz toxiques. Face à cette nature soudain hostile, il faut inventer une nouvelle façon de vivre; certains s'adaptent, d'autres rechignent, les plus vils tentent d'en tirer profit. Landry est un des hommes-clés de la communauté et, pour lui, c'est un nouveau départ, difficile certes, mais peut-être l'occasion inespérée pour tout recommencer à zéro sur des bases plus saines.
    Évacuation des populations en Islande, trafic aérien paralysé en Europe, quand il entre en éruption en mars 2010, l'Eyjafjöll a rappelé aux hommes que la nature parfois reprend ses droits et que rien ne peut la maîtriser. Quelques années plus tard, cet épisode n'est plus qu'une anecdote qui 'a eu pour conséquence que de clouer au sol quelques vacanciers malchanceux qui de toute façon l'auraient été par une grève des aiguilleurs du ciel. Mais si ce coup de semonce venu du Nord n'était qu'un avertissement avant une catastrophe de plus grande ampleur ? Et si les volcans islandais sortaient de leur sommeil pour déverser sur l'Europe leur lave, leur fumée, leur cendre ? Quelles seraient les conséquences humaines, économiques, écologiques ? C'est à cette réflexion que nous invite Anne Delaflotte Mehdevi dans son roman mi-roman d'anticipation, mi-conte moderne qui raconte la vie d'un village français à l'heure où le continent européen est mis sous cloche par un nuage de cendres volcaniques. Privés de soleil, confrontés à des problèmes d'un autre âge, les habitants de Belligny, aux personnalités hautes en couleurs, vont créer une communauté parée à survivre en mêlant les méthodes du passé et les nouvelles technologies. Mais comme dans toute communauté humaine, les natures les meilleures côtoient les sentiments les plus vils. Le partage, l'échange, la solidarité seront confrontés à la jalousie, la trahison, la violence. Mais Landry, Merlin, Ladona, Alice, Lila et tous les autres sauront trouver un équilibre dans un univers qui vacille au bord du gouffre.
    Au-delà d'une vision catastrophiste de l'avenir de l'humanité, Sanderling est une belle réflexion sur le monde rural, le travail de la terre, l'écologie et un chant d'espoir pour l'Homme, ses défauts les plus terribles palliés par sa fabuleuse capacité à s'adapter. Anne Delaflotte Mehdevi est une auteure d'ambiance qui sait à merveille raconter les aléas d'un microcosme dont elle nous rend les protagonistes infiniment proches. Malgré les circonstances dramatiques et la noirceur du contexte, on s'attache à ces survivants-combattants et on les quitte avec un immense regret. Ils sont en guerre contre un ennemi qui s'est rebellé après des années de maltraitance mais ils savent que l'ennemi d'aujourd'hui était l'ami d'autrefois et sera obligatoirement celui de demain. Optimiste et plein de bons sentiments, Sanderling, sous ses airs un peu naïfs, est une invitation à la réflexion sur l'avenir, le rapport à la nature, le monde paysan, le voyage, la vie. A lire.


  • 8 janvier 2014

    Je garde en mémoire un excellent souvenir du premier roman d'Anne Delaflotte Mehdevi "Fugue".
    Je me réjouissais pour cette rentrée littéraire 2013 de retrouver cette plume si singulière et cette faculté à créer des univers qui vous emportent loin du quotidien.
    C'est au Groenland, dans les étendues du Grand Nord que l'auteur nous emmène. On suit les pas de Landry. Il est paysan et s'attarde dans cette immensité blanche et naturelle parce que sur ses terres, personne ne l'attend. Le portrait de cet homme solitaire le rend très attachant.

    Lorsqu'il évoque la société occidentale, il la compare à un siphon, un siphon qui a aspiré et aspire, à coups d'argent, de germes, d'alcool, de technologie, d'humanisme-alibi, tout ce qui a vocation à être aspiré, c'est-à-dire tout.
    L'espèce humaine prend des risques, qu'elle paie, collectivement, ou paiera. Lorsque Landry retrouve ses terres, un nuages de cendres s'épaissit dans le ciel. A la manière de Lee Seung-U dans "Ici comme ailleurs", dans l'enlisement, il faut tout désapprendre de soi et des autres. Kafka et Camus s'invitent sous la plume d'Anne Delaflotte Mehdevi.
    Un très bon roman sur le monde rural, sur la solidarité de l'homme face à la nature qui n'est pas sans rappeler le roman de Giono Batailles dans la montagne.
    Un petit passage pour savourer l'univers chaleureux de ce roman malgré la catastrophe naturelle...
    " La feue boîte de galettes bretonnes qui renferme maintenant les petits pavés de sucre tient la place d'honneur, au centre de la table. La boîte s'ouvre et se ferme maintes fois, du petit matin à l'heure du coucher, pour rabonnir un café, faire le petit canard dans la gnôle. Sa belle-fille prend des sucrettes, ersatz de sucre. Lucette fait mine d'être outrée de ces simagrées, mais profondément elle s'en moque, de cela et de beaucoup d'autres choses. Il y a longtemps que le sucre ne peut plus lui faire mal aux dents, elle porte un dentier. Pourvu qu'il y ait du sucre dans le sucrier et de l'électricité pour faire fonctionner son système de surveillance vidéo des étables, tout va bien."
    L'environnement est un sujet à la mode, le considérer sérieusement une très vague option. Laissez vous emporter tel l'oiseau migrateur, le sanderling, au cœur de l'émerveillement que procure ce très beau roman.


  • par (Libraire)
    18 août 2013

    Notre mère la Terre

    Roman d'une beauté surprenante autour de la terre et de l'environnement. Plus qu'un ordinaire roman de paysannerie, Sanderling évoque les mutations climatiques et environnementales qui façonnent le travail quotidien de la terre. Lorsque la terre ne donne plus et que les intempéries se déchaînent, l'humilité et la solidarité s'installent. Et si les hommes réapprenaient à vivre différemment et simplement, réunis dans une même urgence de survie face aux calamités naturelles ? Simplement somptueux et bouleversant.