L'apparence du vivant

Charlotte Bourlard

Inculte-Dernière Marge

  • par (Libraire)
    15 avril 2022

    Un couple de personnes très âgées accueille dans sa demeure, qui n'est autre qu'un ancien funérarium où ils ont officié, une jeune photographe esseulée et désœuvrée.
    Tantôt adagio, tantôt allegro, le flux de Charlotte Bourlard dépeint une existence à trois entre la naphtaline et la mort, la douce lumière qui pénètre en oblique à travers les voiles légers et la force crue des pulsions qui s'y jouent (tant dans la violence que dans la tendresse), le redoutable silence de l'Être qui se décompose et le fracas jouissif de la musique classique, à plein régime.
    Enfin, cerises! La photographie et la taxidermie de haut vol, comme rituels pour sublimer la vie.
    Grinçant premier roman, L'Apparence du vivant (Éditions Inculte) nous vient tout droit de Belgique, et si tout y semble noir (de l'ambiance à l'humour), on ne sait en réalité dans quelle sauce tremper notre frite: conte de l'horreur et du tabou certes, mais aussi envoûtante féerie au scalpel où l'on se drogue de sirop, échappée drolatique salutaire (avec notamment de chaotiques expéditions dépenaillées en fauteuil roulant dans Liège), récit d'adoption et d'amour filial hors du commun...
    C'est tout à la fois doux et macabre, mélancolique et gothique!
    À sa lecture, vous aurez beau, entre vos moelleux coussins, changer trois fois de position, vous serez toujours un peu mal assis.e.


  • 5 avril 2022

    fin de vie

    Un premier roman magistral très noir et pourtant si humain.
    Une jeune femme en rupture avec sa famille et la société s’installe chez un couple d’anciens croque-morts pour y apprendre la taxidermie. Derrière leurs airs angéliques, la narratrice et la vieille madame Martin empoisonnent leur prochain – animal ou humain – pour parfaire leur pratique.
    Leur but : effectuer, chacune à sa manière, une sortie en beauté.
    J’ai aimé suivre dans une espèce de brouillard les deux femmes : pourquoi font-elles ce qu’elles font d’un commun accord ? Un accord oral a-t-il eu lieu loin du lecteur ? Où procèdent-elles tacitement ?
    L’auteure nous promène dans un ancien funérarium à 3 étages, chaque étage dévolu à une tâche particulière.
    Nous nous promenons également dans le quartier délabré de cette ville Belge : toxicomanes, érotomane, mais aussi joggeurs et animaux.
    J’ai été moins passionnée par les descriptions des techniques.
    J’ai aimé cette ambiance de non-dits ou la vieillesse est omniprésente : sa décrépitude, son attente de la mort.
    J’ai aimé les leitmotivs du récit : les grosses veines en relief de la vieille dame ; la musique classique toujours présente.
    J’ai aimé l’humour des personnages : la vieille dame qui garde son mari près d’elle dans le lit conjugal et qui visite l’amante de son mari dans un mouroir.
    L’image que je retiendrai :
    Celle des sirops contre la toux que la jeune fille achète au marché noir avec d’autres comprimés pour calmer les douleurs de la vieille dame, et planer un peu.

    https://alexmotamots.fr/lapparence-du-vivant-charlotte-bourlard/


  • par (Libraire)
    21 janvier 2022

    Coup de cœur de la chouette

    Conte cruel et organique, "L'Apparence du vivant" est un très court roman porté par une plume singulière. Les mots claquent et résonnent, l'intrigue est menée de main de maître. Somme toute, on se régale en se prenant au jeu du curieux et de l'étrange, se faisant compagnon.ne de route de ces affranchis de tous les codes sociaux.
    Ce texte coupant et corrosif plaira aux aficionados de l'horreur et du bizarre.
    Intrigués ?

    Foncez !