Blues pour trois tombes et un fantôme

Blues pour trois tombes et un fantôme

Philippe Marczewski

Inculte

  • par (Libraire)
    24 septembre 2019

    Chorus

    C’est comme un album. Dix chapitres comme dix titres qui fileraient le même thème. La mélodie est connue, elle s’appelle Liège et l’interprète va mettre tout son talent, toute sa virtuosité, pour vous la faire entendre d’une autre oreille.

    C’est comme un album, c’est comme un hommage, iconoclaste et amoureux, dépité et admiratif, comme la tentative de lire sa ville autrement que dans un livre d’histoire. Pourquoi pas en commençant par ses cimetières ? C’est qu’il sera beaucoup question de tombes ici. Mais pas pour pleurer, ni pour regretter le temps jadis, mais pour faire surgir sur le papier des noms qui s’effaçaient sur la pierre : les grands musiciens qui ont vécu là et dont tout le monde se fout aujourd’hui, les Liégeois qui ont compté dans le grand film de l’Histoire, et surtout, oui surtout, ceux qu’on avait déjà oubliés de leur vivant, les Italiens, les Polonais, les ouvriers, le sang rampant d’une ville qui ne serait rien sans eux.

    En déambulant dans ses terrains vagues, dans ses zones industrielles, prenant le lecteur par la main pour lui montrer ce qui se cache dans les ruelles sombres et les interstices entre les longs bâtiments désaffectés, notre ancien confrère, fondateur de la librairie Livre aux trésors, à Liège précisément, se fait guide anarchiste. Comme son copain Goldo, qui pose son appareil photo au plus près du sol, et aime à photographier les humains plutôt que les rangées de vélos, il nous montre qu’une cité c’est d’abord une communauté d’hommes et de femmes dont aucun ne se tient plus haut que l’autre.

    Ça en a déjà le titre. Blues pour trois tombes et un fantôme, c’est bel et bien comme un album, un album de papier, duquel s’échappent de bouleversantes mélopées. C’est le cri des ouvriers sacrifiés, le rire des soiffards noctambules, le ronronnement des péniches sur la Meuse et, si on prête bien l’oreille, c’est un blues désespéré de Chet Baker. Comme Howard Zinn l’avait fait avec ses Etats-Unis, c’est ni plus ni moins qu’une histoire populaire de Liège que Philippe Marczewski nous a racontée.