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Les Carnets Obliques

dimanche 19 mai à 10 h 22

Notre avis sur
"33 leçons de philosophie par et pour les mauvais garçons" d'Alain Guyard

Ennuyeux, la philosophie ? Attention, vous risquez d'être surpris ! Car les cours d'Alain Guyard n'ont franchement pas grand chose à voir avec l'image poussiéreuse qu'on se fait de l'art majeur de la pensée. Tout au long de ces 33 leçons et exercices de travaux pratiques, le plus iconoclaste des professeurs dévoile la face cachée des maîtres de la discipline. Des antiques bastoneurs aux modernes manifestants, tous ces portraits vous démontreront qu'une grande partie de la philosophie s'est écrite en prison ou en cavale, et sûrement pas sur les bancs des universités conservatrices.

Et que dire du style, personnage à part entière de ce texte inclassable ? D'une affolante inventivité, c'est du lourd, du teigneux, du en sueur, en bref, c'est le phrasé inimitable d'Alain Guyard, entre argot des bas-fonds et harangue de camelot, bourré de mots que vous ne trouverez jamais dans le dictionnaire. Une nouvelle preuve, inscrite noire sur blanc, que c'est bel et bien hors des sentiers battus et rebattus qu'on trouve la vie et la richesse. Et peu importe si ça grince, pourvu que ça bouge !

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dimanche 12 mai à 10 h 00

Mais au fait ? Pourquoi Obliques ?

Quand la librairie Obliques ouvre en 1978 à Auxerre, son nom évoque immédiatement quelque chose aux amateurs de littérature.
Créée en 1971 par Roger Borderie et Henri Ronse, la revue Obliques a en effet déjà publié une dizaine de numéros et s'est faite une réputation dans le monde littéraire.

Malgré plus de 2000 abonnés, ce projet éditorial étonnant s'achèvera toutefois en 1981 après 25 numéros, des expositions et des rencontres organisées à Paris.
A noter que la librairie Obliques d'Auxerre n'a jamais eu aucun rapport avec la direction de la revue. Le nom n'était alors qu'un humble hommage à une époque où la propriété des marques posait moins de problèmes qu'aujourd'hui.

Selon son importance, le prix d'un numéro d'Obliques variait entre 45 et 250 francs. Chacun était consacré à un artiste (auteur, dramaturge, musicien) avec plusieurs inédits, des interventions d'auteurs, des illustrations rares et plusieurs rubriques récurrentes chroniquaient l'actualité culturelle sous un angle critique assez pointu.

Un numéro double, comme celui consacré à Alain Robbe-Grillet en décembre 1978, pouvait compter jusqu'à 350 pages richement illustrées. Il pouvait aussi arriver que les couvertures en couleurs des premières éditions soient ensuite remplacées par des illustrations moins coûteuses, ce qui fait de ces numéros des pépites pour les collectionneurs. Ne parlons même pas des tirages de tête, comportant des lithographies signées et numérotées.

Il y a quelques années, un client a offert à la boutique le numéro spécial consacré à Wagner et depuis ce jour, nous nous efforçons de réunir l'intégralité de la collection. La plupart des numéros valent aujourd'hui entre 25 et 150 euros. Les plus rares sont les numéros double consacrés à Boris Vian et à Sade que nous ne possédons pas encore. Toutefois, si vous voulez jeter un oeil à quelques autres de ces magnifiques ouvrages, n'hésitez pas à nous demander. Ils ne sont pas à vendre, mais vous pouvez les consulter librement sur place.

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vendredi 03 mai à 00 h 06

Notre avis sur
"Le brouillard" de Henri Beugras

En une lancinante parabole, Henri Beugras brode un texte parfait, allégorie tragique et philosophique sur la condition humaine, un livre dont on s'étonne qu'il ait mis si longtemps à nous parvenir. Initialement publié dans les années 60, Le Brouillard avait en effet sombré dans l'oubli, oeuvre unique d'un écrivain devenu peintre par la suite, sans jamais reprendre la plume. Mais quelle stupéfiante maîtrise en ces quelques pages où le héros hébété se débat avec une ville qu'il ne voudra jamais faire sienne, peuplée d'insouciants fêtards aux visages constamment dissimulés. Pour vivre ici, apprendra-t-il, il faut renoncer à qui l'on est réellement et mettre un loup entre soi et les autres. Renoncer aussi à tout espoir de fuite. Mais fuite pour aller où ? Quel est exactement ce lieu qu'on imagine être "chez nous" ?

Le Brouillard vous laissera probablement avec plus de questions que de réponses, mais n'est-ce pas le propre des bons livres que de compter bien plus de pages qu'ils n'en contiennent ?

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vendredi 19 avril à 20 h 26

Notre avis sur
"Je suis la reine" d'Anna Starobinets

Amateurs de sensations fortes, tremblez, car vous venez de trouver votre maître. Ou plutôt votre maîtresse, car nous parlons ici de la jeune russe Anna Starobinets dont le premier recueil de nouvelles vient d'être traduit en français.

Inquiétantes, troubles, ou franchement glauques, ces histoires explorent nos obsessions, nos phobies, dans un décor de Russie contemporaine en pleine déliquescence.

Avec ces textes courts, surprenants, virtuoses et qui mettent bien souvent mal à l'aise, quand ils ne soulèvent pas le coeur, purement et simplement, Anna Starobinets invente un genre inédit, reflet de l'inquiétude qui sourd de nos sociétés ultra-aseptisées. "Je suis la reine," c'est une main poisseuse dans un gant de terreur, c'est "Eraserhead" filmé par Cronenberg, et ça fonctionne à la perfection.

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